Boston

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TRAITE

L'ACUPUNCTURE

IMPRIMERIE DE H. FOURNIER,

EUE DE SEINE, l/ft

TRAITÉ J>

L'ACUPUNCTURE,

d'après les observations _ DE M. JULES CLOQUET,

ET PUBLIÉ SOLS SES YEUX

PAR M. DANTU T>Y, VA1NKES,

DOCTEUR Eîf MEDECINE.

A PARIS,

CHEZ BÉCHET JEUNE. LIBRAIRE,

place de l'école de médecine, »• \.

1826.

AVANT-PROPOS.

On ne connaissait guère en France que par les relations des voyageurs et par quelques observations éparses dans les trai- tés de médecine , l'acupuncture, opéra- tion employée, dès la plus haute antiquité, dans le traitement des maladies, par les Chinois et les Japonais. Voulant détermi- I ner le mode d'action de ce moyeu théra- \ peutique et l'apprécier à sa juste valeur , i M. Jules Cloquet a cru devoir faire de nouvelles observations , et il les a suivies avec ce zèle et cette persévérance qu'il met

ij AVANT-PROPOS,

dans tous ses travaux. Il ma permis d'as- sister à ses expériences , d en relever les observations et de m'en servir pour com- poser ma dissertation inaugurale. Des cir- constances particulières m'ayant forcé de soutenir ma thèse que sur de simples pro- positions , j'ai retardé la publication des faits que j'avais rassemblés et qu'on trou- vera dans ce livre. J'ai taché d'éclairer l'histoire de l'acupuncture , et de faire connaître plus complètement qu'on ne la fait jusqua présent , cet agent thérapeu- tique , préconisé avec exaltation par les uns , injustement déprécié par les autres. En publiant tous les faits que j'ai observés ou qui mont été communiqués, en rap- portant également les cas l'acupunc- ture a eu le plus de succès et ceux elle

AVANT-PROPOS. iij

a complètement échoué , je crois devoir remplir les intentions de M.Jules Cloquet et mettre le praticien à même de déter- miner les circonstances dans lesquelles il peut espérer d'heureux résultats de cette opération, et celles il doit s'en abstenir.

TRAITÉ

L'ACUPUNCTURE.

CHAPITRÉ ?pÊliklER

Histoire de T Acupuncture.

L'acupuncture est une opération très-ancienne, qui , selon le Père Boyine , date de quarante siècles. Elle est usitée de temps immémorial chez les Chinois et les Japonais leurs colons. Quoique nous n'ayons sur ce sujet que des connaissances peu précises, je ne puis me dispenser de donner quelques détails sur la manière dont ces peuples la pratiquent.

ARTICLE PREMIER.

De l'Acupuncture chez les Chinois et les Japonais.

L'acupuncture paraît chez ces peuples tenir lieu de la saignée (1) , dont ils sont ennemis ir-

(i) Ten-Rhyne, Dissertatio de Acupuncture* Londini, i683.

1

2 TRAITÉ

réconciliables , la regardant comme un moyen destructif du principe de la vie.

Les Chinois et les Japonais attribuent la cause la plus fréquente des maladies à certains vents (1) qui, se développant dans le tissu des organes, s'y frayent des routes inconnues et souvent y causent dumalaise et des élancemens (2); et en cela, dit Ten-Rhyne, leur doctrine est d'accord avec celle d'Hippocrate (5) . Cette matière morbifique (4) se change bientôt en une vapeur subtile , acre , laquelle enfle et corrode les par- ties qui la contiennent, cause leur dissolution et occasione des douleurs qui les empêchent d'exé- cuter leurs fonctions. C'est pourquoi, disent-ils, quand on la tire de sa prison étroite , dans le mo- ment même , la douleur causée par le gonflement des parties doit cesser.

Les habitans de la Corée, les Chinois et les Japonais n'ont dans la chirurgie que deux re- mèdes principaux , qu'ils supposent réussir éga- lement pour guérir et pour prévenir les maladies. Ils prétendent qu'ils les connaissaient avant l'in-

(1) Voir Cleyer, Spécimen medicinœ sinicœ.

(2) « Flatus ssepiuscule inter cutem et. musculos caecos et patentes sibi per cuniculos ( quales sub scapulis haud exigui sunt) vagantur ; ac laricinationes , vel etiam artuum lassitudines excitant. »

(5) Liber de Flatibus.

(4) Kempfei', Histoii^e et description du Japon. Lemgovia, 1779.

DE L'ACUPUNCTURE.

vention de la médecine ; ce sont le feu (le moxaj, el le métal (les aiguilles). Toute maladie qui ré- siste à ces deux moyens curatifs est déclarée in- curable. L'efficacité de ces deux agens serait-elle vraiment si générale? ou plutôt la chirurgie de ces peuples n'est-elle si bornée que parce qu'ils ont une aversion extrême pour l'ouverture des cadavres, qui seule peut l'étendre davantage? Il paraît, en effet, que le peu qu'ils savent d'ana- lomie, ils le doivent à l'inspection de quelques cadavres d'animaux.

Les Chinois (1), donnent le nom de Gecqua à ceux qui appliquent les remèdes externes; « Au Japon on donne le nom de farittate (pi- queurs d'aiguilles) à ceux qui appliquent l'ai- guille de leur chef ou selon les désirs du malade. La connaissance des parties il faut appliquer le moxa ou les aiguilles est si importante, qu'elle fait à elle seule l'objet d'un art particulier. Ceux qui le pratiquent s'appellent tensasi ( tou- cheurs ou chercheurs des parties). »

Les philosophes de ces pays prétendent que l'or et l'argent sont la production du soleil et de la lune , et qu'ils sont enrichis des vertus de ces deux corps célestes. Les habitans en fabriquent des aiguilles très-polies et propres à ponctionner.

(,1) Kœmpfor.

4 TRAITE

Ils en font si grand cas pour cette raison (Kœmp- fer), qu'ils les portent toujours avec eux, ainsi que quelques autres instrumens.

Les instrumens que les Chinois emploient pour pratiquer l'acupuncture , sont des aiguilles très-fines, sans quoi leur piqûre serait dange- reuse. La manière de les tremper et de leur donner la dureté requise fait un métier particu- lier qu'on ne peut exercer qu'avec des lettres pa- tentes données sous le sceau de l'empereur. Ces ai- guilles sont de deux espèces ; les unes sont indiffé- remment d'or ou d'argent. C'est une sorte de stylet délié , de quatre pouces de longueur, terminé en pointe fort aiguë , qui a un manche retors , pour qu'on imprime plus facilement à l'instrument des mouvemens de rotation pendant qu'on l'introduit. Il est renfermé dans le manche d'un marteau qui est creusé à cet effet. Ce marteau est en corne de tau- reau sauvage ; il est poli , un peu plus long que l'ai- guille, et se termine par une tête ronde, légè- rement aplatie, dans laquelle se trouve enchâs- sée une pièce de plomb pour en augmenter la pesanteur. Le côté qui bat l'aiguille est revêtu d'une pièce de cuir pour empêcher que l'ai- guille qu'on enfonce dans le corps n'en res- sorte (1). Les autres aiguilles ne diffèrent des précé-

(i) Selon Dnjardin (Histoire Je la chirurgie), la tête du maillet

DE L'ACUPUNCTURE. 5

dentés qu'en ce qu'elles sont extrêmement déliées et en argent seulement. Leur manche , court et épais, est tourné en vis sur sa longueur; on les met dans une boîte de bois, garnie au fond de drap bien doux, sur lequel elles sont couchées. Si, comme il arrive souvent, l'on passe ces aiguilles dans un tube délié de cuivre, pour les enfoncer, on les appelle aiguilles à tuyaux (fudabarri). Ce tube est d'environ un pouce plus court que l'ai- guille, et gros comme une plume d'oie; il sert à guider l'aiguille pour faire plus sûrement la ponc- tion dans un lieu choisi du corps.

Au reste l'opération se fait de la manière sui- vante, dit Kœmpfer qui l'a vu pratiquer (1) : «Le chirurgien prend l'aiguille près de sa pointe, entre le bout du doigt médius gauche et l'ongle de l'index, appuyé par le pouce. Il la tient ainsi vers la partie qui doit être piquée, et qui doit être soigneusement examinée, pour savoir si ce n'est pas un nerf. Ensuite prenant le mar- teau de la main droite, il en donne un coup ou deux, précisément ce qu'il faut pour vaincre la résistance de la peau et faire entrer l'aiguille. Cela fait, il met le marteau de côté , et prenant le

est percée de petits trous, comme un de à coudre, pour recevoir la tête de l'aiguilla; ce qui suppose qu'il y a aussi des aiguilles sans manche. (t) Op. cit.

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manche de l'aiguille entre les extrémités de l'in- dex et du pouce, il la tourne jusqu'à ce que la pointe entre dans le corps \ à la profondeur que les règles de l'art exigent; ce qui est ordinaire- ment un demi-pouce \ rarement un pouce et au- dessus ; en un mot , jusqu'au siège de la douleur et l'on croit la maladie renfermée. -

Les aiguilles de la deuxième sorte ne sont point frappées du marteau; on les enfonce en les tour- nant en vis, l'opérateur les tenant entre les ex- trémités du pouce et du doigt du milieu (1). Ceux qui opèrent adroitement donnent un coup avec l'index sur le doigt du milieu, justement autant qu'il faut pour que l'aiguille traverse la peau; ensuite ils achèvent l'opération en tournant. Quelques-uns se servent, à cet effet, d'un tuyau tel qu'il est décrit ci-dessus : n'étant qu'un peu plus court que l'aiguille , il borne par ce moyen son intromission. Les règles et les préceptes pour pratiquer cette piqûre sont fort différens eu égard surtout aux vapeurs cachées qu'on sup- pose être la cause de la maladie ; de vient que , lorsqu'on veut faire cette opération, un médecin

(1) Selon Ten-Rhyne, l'aiguille doit être introduite dans la partie affectée par une simple piqûre ou en la tournant entre le pouce et le doigt indicateur, ou en renfonçant légèrement avec le maillet, suivant la nature de la maladie et la structure de la partie sur laquelle on opère.

DE L'ACUPUNCTURE. 7

habile et prudent doit déterminer avec foute son attention et tout son jugement, et jusqu'à quelle profondeur les vapeurs séjournent.

« Le chirurgien tient l'aiguille enfoncée jus- qu'àrce que le malade ait respiré une fois ou deux. et ensuite, la tirant au dehors, il presse la partie piquée avec le doigt, comme pour en exprimer toute la vapeur ouïe vent. » Selon Ten-Pdryne, (1) l'aiguille doit rester enfoncée pendant trente res- pirations (deux minutes environ), si le malade peut le supporter, sinon on la retire, pour la re- mettre de nouveau à 5, 4? 5, 6 reprises, si le ma- lade en a le courage et que le mal soit opi- niâtre (2).. Et il a bien soin d'ajouter que cela s'entend de l'inspiration et de l'expiration réu- nies (5). Je me contente ici de faire remar- quer cette dissidence très - grande entre ces deux auteurs, tous deux médecins, et qui ont été tous deux à même d'observer sur les lieux. »

Pour subir l'acupuncture, le malade doit être à jeun.

(1) Op. cit.

(2) « Acus trigenta respirationum spatio in parte punctâ deti- neatur, si facile ferat aeger, sin minus eximatur denuô, et de novo iteretur punctura vel ter, vel quater, quandùque etiam quin- ties sextiesque, si facile ferat aeger et morbus sit tenax.

(3) « Hoc est. inspiration iim et expirationum nnà coihjpjrehénsa- rum, illa enim tempora coinputandi ratio apud Sinenses et Japo- nenses raedicos usualis est. »

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Quant à la profondeur de la ponction, l'ai- guille, selon Ten-Rhyne, doit être légèrement imprimée dans la partie malade (1) , excepté dans quelques maladies de la tête l'on enfonce quelquefois l'aiguille jusqu'au crâne, ainsi* que dans quelques affections de la matrice l'on ne craint point de piquer quelquefois cet or- gane (2). Si la maladie est grave, il faut que la piqûre soit plus profonde ; on pique plus profon- dément les adultes et les personnes grasses, que les vieillards et les personnes maigres. Il faut pi- quer superficiellement les endroits se trouvent des parties nerveuses (5) , parce que , ajoute le même auteur, l'acupuncture dans les parties ner- veuses est non-seulement très-douloureuse , mais encore pleine de dangers ; c'est pourquoi les Ja- ponais ponctionnent avec la plus grande circons-

(i)«Acus affecto'loco leviusculeimprimenda.» Que penser donc de cet autre pre'cepte du même auteur : Chez les personnes fai- bles , qu'on applique les aiguilles à l'abdomen , et chez les per- sonnes fortes au dos et quelquefois aux lombes. « Qui naturae sunt debiliores in abdomine , qui yero fortiores in dorso (vel lumbis, si ces ita ferant) acupungantur. »

(2) « Excipiuntur quaedam capitis vitia , in quibus ad ipsum cra- aium , acus aliquandô infigitur, item aliquae uteri affectiones in quibus ipsa matrix nonnunquam perforatur. »

(3;« Locanervosa pungito levissimè, carnosaprofundiùs.» Je n'ai pas besoin de faire remarquer que Ten-Rhyne confond, sous le nom de parties nerveuses , les nerfs , les tendons , les ligamens , en un mot, tous les tissus blancs.

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peclion dans ces lieux, et ne pénètrent guère au-delà de la peau. Quant aux parties charnues, on peut les piquer plus profondément : en jetant les yeux sur les planches de Dujardin (1), on voit que les aiguilles peuvent être introduites dans presque tous les points de la surface du corps (2). Les chirurgiens se guident d'ailleurs sur l'expérience et sur le peu de connaissances qu'ils ont du trajet des gros vaisseaux, qu'ils évitent autant que possible. « Il arrive souvent , dit Kœmpfer, que les gens du commun peuple s'a- venturent à appliquer l'aiguille purement sur leur propre expérience , et sans l'avis du tentasi expérimenté , prenant garde seulement de ne pi- quer ni nerfs, ni tendons, ni aucuns vaisseaux sanguins considérables. » Dans toutes les ma- ladies, il faut piquer la partie elles ont pris naissance (5). Kœmpfer nous apprend que pour la pire de la colique (4) en particulier, les Ja- ponais font l'acupuncture dans la région du foie.

(1) Histoire de la chirurgie.

(2) Quelque nombreux qu'ils soient , ils cnt cependant chacun un nom particulier, et les Chinois paroissent croire qu'il existe entre ces divers points , même les plus e'loigne's , des relations les plus singulières.

(3) « Ea pars acupungeuda est ex qud originem trahit morbus.» Tt/i-Rhj ne.

(4) C'est une maladie commune au Japon , cl h- est appelée sen-ki. Elle est t:aractérise'e par des douleurs vives et des tiraille-

io TRAITÉ

Ils font neuf piqûres sur trois rangs disposés en parallélogramme, à la distance d'un demi-pouce l'une de l'autre. Chez les adultes, chacun des rangs a son nom particulier, et l'introduction des aiguilles des règles différentes. Le premier rang est nommé sioquan, on le pratique justement au-dessus des côtes; le deuxième se nomme stiu- quan, il doit avoir sa place entre le nombril

mens dans tout l'abdomen, Elle paraît cause'e par une boisson très-commune en Chine et au Japon; c'est une bière froide faite arec du riz. Elle a la consistance des vins d'Espagne. Les habitans peu sobres prennent beaucoup de cette boisson, qui, selon le père Mariny Romain, est aussi forte que de l'eau-de- vie. Elle ne paraît pas malfaisante, quand elle est prise en quantité' modérée et un peu chaude. La colique sen-ki ressemble à la passion hystérique, dit Kœmpfer; elle fait craindre des suffocations par ses tiraillemens depuis les aines jusqu'aux fausses côtes, et, après do longs tourmens , se termine quelquefois en tumeurs qui s'élèvent en divers endroits du corps , et dont les suites sont dangereuses. Chez les hommes , elle cause quelquefois le gonflement du testicule {sobi des Japonais), qui se termjAj>ar la suppuration et la formation d'abcès. Chez les femmes, quel- quefois il en résulte des tubercules ou pustules à l'anus et aux parties génitales, ordinairement suivies de la perte des poils. Je crois qu'il est impossible de ne pas reconnaître en cette affection une inflammation violente des organes de la digestion. Je suis d'autant plus porté à le croire, que Kœmpfer ajoute : « Il faut pourtant remarquer que ces tumeurs aux testiculesxhez l'homme, et ces pustules à l'anus chez la femme , sont aussi des maladies domestiques des Japonais; (Haec testiculorum inflatio, dit Ten- Rhyne, Japonibus sin-ki peculiaris imprimis luxuriosis, ut pleri- que sunt, morbus est.) et attaquent plusieurs personnes qui n'oDt jamais ressenti les atteintes de la coliqiif .

DE L'ACUPUNCTURE. 1 1

et le cartilage ( xiphoïde ) , et le troisième , qu'on appelle gecquan, est à environ un deini- pouce au-dessus du nombril. « J'ai été plusieurs fois témoin, ajoute Kœmpfer, qu'en faisant ces trois rangs de trous conformément aux règles de l'art, et d'une raisonnable profondeur, les douleurs de la colique cessaient presqu'en un instant, comme si c'eût été par enchante- ment (1). On a tenté quelquefois de guérir cette colique en appliquant sur le malade le feu , au moyen du moxa , mais on a trouvé par expérience que cette méthode n'a pas eu tout le succès de la piqûre d'aiguille. »

On emploie l'acupuncture (2), suivant Ten- Rhyne, à la tête, contre la céphalalgie, l'assoupis- sement, l'épilepsie, l'ophthalmie, et d'autres ma- ladies dépendant de la présence des vapeurs ma- lignes (5) ; à l'abdomen, surtout dans les coliques, la dysenterie, et dans quelques autres affections qui reconnaissent pour cause des vents dans les intestins; dans l'anorexie, l'hystérie; dans les troubles de l'économie causés par l'ivresse [cor- poris a crapulâperturbationes) dansées douleurs

(1) On se rappelle que presque tous les ^ens du peuple portent habituellement avec eux des aiguilles. Ils peuvent doue attaquer la maladie dès son début, à sa période d'irritation.

(uj Ten-Rhyne, op. rii.

(3) «Aliisque a mnlignij flalibus ortis infirmitatibus. v

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du ventre et des membres. On la pratique en gé- néral, ajoute le même auteur, dans les vertiges, la lippitude, la cataracte, l'apoplexie; dans le spasme cynique , l'ernprosihotonos , l'opistho- tonos, et dans les Contractures musculaires, les convulsions, dans les pesanteurs de tête qui accompagnent le coryza, le rhumatisme, les fièvres intermittentes et continues, la mélan- colie, les affections vermineuses, et pour com- battre la douleur à laquelle elles donnent lieu, intestinorum lumbricis et ex iisdem orto do- lori; on l'emploie également dans la diarrhée, le cholera-morbus, les lassitudes spontanées, cau- sées également par des vents; dans le gon- flement du testicule ( 1 ) , dans la gonorrhée , en- fin dans la goutte, surtout dans la goutte vague, car la vraie goutte ( Ten-Rhyne ) est trop pro- fondément cachée pour que l'aiguille puisse pénétrer sans inconvénient jusqu'aux vents eux- mêmes, auteurs et arbitres de cette affection, ad ipsos flatus arthritidis auctores et dominos.

(i) Ce gonflement est précédé par une fièvre générale, et si la fièvre et la douleur sont trop fortes , on voit diminuer la tumeur du testicule. (Quœ, mala si intendantur, prœternaturalisille dimi- nuitur tumor.) Il est facile à gue'rir, si l'on en prend soin de suite, autrement on n'en vient à bout que très-difficilement. Ou ne peut s'empêcher, dit Sue, de regarder comme un sarcome cette tu- meur du testicule. ( Mémoire sur Priai de la chirurgie dans la Chine, Recueil périodique de la Société de Médecine, tome ix. )

DE L'ACUPUNCTURE. r,

Mais il est encore plus probable, dit Sue. que dans la goutte au genou, la ponction n'aura pas eu de bonnes suites , parce qu'elle attaquait les parties tendineuses et nerveuses, ce qui l'aura fait abandonner. Bontius (1) dit l'avoir vu employer au Japon, avec le plus grand succès, dans la pleurésie.

Si l'on a de la peine à sentir le pouls ( Ten- liliyne), on pique le bras aux environs des veines. Ubi puisas vix vel difficulter sentitur, acu- pungantùr brachia jiurtà venas. On va plus loin encore; on perce l'utérus des femmes enceintes, lorsque avant le terme de l'accouchement le fœtus fait des mouvemens extraordinaires qui causent à Sa mère les plus vives douleurs. On ne crainl pas de piquer le fœtus lui-même , avec une ai- guille longue et déliée, afin qu'épouvanté par cette piqûre (Then-Rhyne) il cesse ses mouve- mens excessifs et dangereux. Ut puncturâ terre- ïhctus, ab enormi et periculi pleno motu dé- sistât.

On s'est beaucoup prévalu de l'observation rap- portée par lord Macartney (2), pour s'élever contre l'acupuncture : or, voici le fait. « Un des Chinois principaux qui accompagnait lord Macartney dans

(1) Histoire de la Chine, livre 5, chapitre dernier.

(2) Voyage dans l'intérieur de la Chine, par lord Macartnov ; tome m.

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une promenade, fut attaqué de douleurs violentes aux principales articulations des bras et des jambes et dans la partie inférieure du bas- ventre, il se manifesta une tumeur considérable, qui , commençant àl'anneau du muscle oblique externe du côté droit, s'étendait le long du cordon sper- matique ; les douleurs articulaires avaient lieu or- dinairement le printemps et l'automne. La tumeur abdominale se montrait et disparaissait souvent , mais elle était plus forte et plus dou- loureuse quand le malade avait fait quelques efforts (1). L'acupuncture pratiquée aux articula- tions fut sans effet.» Ten-Rhyne nous a déjà appris que, dans la vraie goutte, elle n'avait pas d'heu- reux résultats ; ce qui tient aussi peut-être à ce qu'on ne laissait pas l'aiguille assez long-temps dans les tissus , et qu'on ne poursuivait pas assez la maladie par des applications répétées (2). Le malade, voyant l'inefficacité de l'acupuncture, se refusa à ce qu'on l'appliquât à la tumeur herniaire , malgré les instancesdes médecins chinois. Gillon, médecin de Macartney, leur fit entendre qu'elle y

(1) Il est impossible de ne pas reconnaître une hernie inguinale, et, ajoute Sue, un rhumatisme articulaire. lSTe serait-on pas aussi bien en droit de croire que c'est une affection gcutteuse, surtout quand on fait attention que la maladie attaquait un des princi- paux personnages du pays.

"(2) On verra que M. J. Cloquet a re'ussi dans uu cas de goutte.

DE L'ACUPUNCTURE. i5

aurait été très-dangereuse. Elle y eût été proba- blement au plus inutile.

Leshabitans de laCorée, les Japonais et les Chi- nois (Kœmpfer) sont grands admirateurs de l'anti- quité, et scrupuleux à l'excès pour conserveries coutumes de leurs ancêtres; mais si la médecine est au même point chez tous ces peuples, leurs mœurs paraissent cependant très-différentes (1). Les Chinois sont froids et tranquilles autant par éducation que par tempérament ; ils sont habi- tués dès l'enfance à l'ordre, à la raison et aux usages reçus ; chez les Japonais , on exerce la mémoire des enfans par des poèmes l'on célèbre les belles actions de leurs ancêtres, et l'on inspire le mépris de la mort. Leur carac- tère est plus libre. Les Chinois semblent n'avoir eu d'autre but que d'émousser la violence , l'im- pétuosité de l'âme, et les Japonais, que de pré- venir son engourdissement et sa langueur. Il est fâcheux que ce dernier peuple ait converti en culte l'amour même, parce que, n'avant pas les mœurs et le caractère assez développés pour s'é- lever aux nobles sentimens qu'il inspire , il tombe souvent dans tous ses excès. Le riche s'abandonne à la lubricité, et le pauvre croupit dans la misère ; aussi les maladies sont-elles fréquentes chez les

(i) Martin, Histoire de la Chine.

16 I TRAITE

Japonais, mais surtout l'épilepsie, l'apoplexie, la paralysie, et spécialement la cécité et la goutte. Il n'est donc pas étonnant que l'acupuncture soit plus souvent employée au Japon qu'en Chine. Mais n'est-ce pas aussi une raison de plus pour que les Japonais, plus éclairés que les Chinois, eussent rejeté ce moyen, si son efficacité n'eût été sanctionnée aussi-bien par les soulagemens qu'il apporte que par le temps?

« La ponction, dit Dujardin, suit dans ses effets à peu près la même marche que le moxa. Elle n'agit vraisemblablement qu'en appelant dans la partie piquée une plus grande affluence d'hu- meurs; peut-être aussi, ajoute-t-il , l'imagina- tion, dispensatrice de tant de biens et de maux, tant physiques que moraux, aide-t-elle l'action de l'a- cupuncture. » Cette dernière opinion est celle de tous les détracteurs de l'acupuncture. Mais peut- on raisonnablement admettre que d'aussi grandes nations (1) aient été si long-temps dupes de leur imagination? L'acupuncture aurait-elle traversé plusieurs siècles pour venir jusqu'à nous, si elle n'eût eu d'autres bases?

Selon l'abbé Grosier (2) , l'efficacité de l'acu- puncture est prouvée par des guérisons sans

(1) Environ la quatrième partie du genre humain. (a) Description générale de la Chine, tome xm.

de i:a<:i.im ncture

nom

bre, mais il les regarde rommc >urn;Hu

elles.

Je crois, au reste, ne pas mieux termina article qu'en donnant l'observation suivante , prise dans Ten-Rhyne (1). « Un garde de 1V:i.j,< reur du Japon (2) qui nous servait de conduc- teur dans cette cour, dit cet auteur, sortit du temple, ayant excessivement chaud. Pour se ra- fraîchir, il but abondamment de l'eau à la glace. Il fut bientôt saisi d'une grande douleur d'esto- mac , sans rien éprouver aux côtés. Cette douleur aigrie tant par l'excès des boissons et des alimens

(i)Op. cit.

(2I « Corollarium. TsTostcr in aulico itinere conductor, Japo- nensium imperatoris miles praesidarius , holocaustum egressus, admodùm incalue» at , sedandae siti gelidura bibens alîatim undr stomachum sine ullis lat.erum molestiis ingens prehcndit dolor, qui pcr aliquot dies aegrura , cùm insimul ob nimiam cibi potùs- que ingluviem, tùm ob maris insuetudinem , undè nausea crebra vomitusque; quibus medendis, primo vinum japonicum cum zinzi- bere excalefactum sumpsitj sed sic dolorem non sustulit, çulpans reclusum pertinaciter flatum , quocircà ad acupuncturam deve- nit, quam hune in modum (et ex eo de reliquis judica, lector), me pressente, sibi ipsemet administravit. Dorso incubans, sinistrum abdominis latus, suprà pylorum , quatuor diversis in locis acum (cujus cuspidem eum in finem primorum digitorum apieibus cir- cumspectè eontinebat) adegit- quam dùm malléole feriebat (ip- sius enim duriuscula cutis erat) comprimebat anhelitum; cum autem ad pollicis ferè latitudinem adacta esset acus, tortuosum illius manubrium circumvolvit, pertusum acu locum digitis pres- sit, extractam vero acum nullus sequebatur sanguis; levis>imo puncturae indicio residuo : hinc levatus curatusque evasit. »

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qu'il avait pris, que par le défaut d'habitude de la mer, lui occasiona pendant quelques jours de fréquentes nausées et des vomissemens. Pour se guérir, il prit d'abord du vin du Japon , dans lequel il fit infuser du gingembre ; mais la dou- leur ne disparaissant pas, il en attribua la cause à un vent opiniâtrement fixé dans son estomac, ce qui le détermina à avoir recours à l'acupunc- ture , qu'il se pratiqua lui-même devant moi , de la manière suivante : après s'être couché sur le dos , il se perça en quatre endroits différens le côté gauche de l'abdomen, au-dessus du pylore, avec une aiguille dont il tenait à cet effet soi- gneusement la pointe avec l'extrémité de ses premiers doigts, tandis qu'il la frappait avec un petit maillet (car sa peau était un peu résistante) ; il retenait son haleine. Lorsque l'aiguille fut entrée de près d'un pouce , il lui fit exécuter des mou- vemens de rotation , au moyen de son manche re- tors ; puis il la retira , et pressa avec les doigts les endroits piqués : il n'en sortit point de sang. Les traces qui restaient de la piqûre étaient très- légères. Le malade fut aussitôt soulagé et guéri. »

DE L'ACUPUNCTURE. 19

ARTICLE II.

De l'Acupuncture chez les modernes.

Le xinkien des Chinois, connu en Europe de- puis un siècle et demi sous le nom d'acupunc- ture (1), y était presque oublié, lorsqu'en 1774 Dujardin rappela l'attention sur cette opération ; et cependant ce n'est guère que depuis quelques années qu'elle paraît avoir été mise en pratique par quelques médecins. Sans parler davantage de ceux qui, écrivant sur l'acupuncture, n'ont fait que reproduire ce qu'en avaient dit Ten-Rhyne et Rœmpfer, j'arrive de suite à M. Berlioz, qui , en 1811, envoya à la Société de Médecine de Paris un mémoire qui le fit taxer alors de témé- rité, et qui pourtant est aujourd'hui d'un grand intérêt (2). On trouve dans ce mémoire l'ob- servation d'une affection nerveuse dont je ne crois pas déplacé de donner ici un extrait.

« Une demoiselle âgée de 24 ans , naturel- lement maigre, éprouvait, depuis deux ans, une fièvre nerveuse , survenue à la suite d'une

(1) De acus aiguille, et punctura ponction.

(2) On le trouve inse're dans un ouvrage publie en 1816 et inti- tule' : Mémoire sur les maladies chroniques, la évacuations san- guines et P acupuncture , par Berlioz.

20 TRAITÉ

frayeur vive et prolongée; les accès se décla- raient entre une et deux heures de l'après-midi , et entre huit et neuf heures du soir; ils étaient caractérisés par le froid des extrémités infé- rieures, une sécheresse très-incommode de tout le corps, la couleur violette des joues, l'éclat brillant des yeux, une douleur de tête ainsi que de l'épigastre, qui semblait comprimé ; il y avait un tel degré d'affaiblissement des forces musculaires, que la tête avait besoin d'être soutenue. Pouls petit et fréquent, loquacité pendant l'accès de l'a- près-midi, qui durait deux ou trois heures. La maigreur était extrême et la menstruation irrégu- lière. Le quinquina fut nuisible et le sulfate de zinc sans effet. Une application de glace prolon- gée faisait cesser les accès ; l'opium soulageait un peu, lorsque M. Berlioz songea à l'acupuncture. La malade se servit d'une aiguille à coudre, en- duite de cire d'Espagne vers son chas. Elle l'in- troduisit elle-même perpendiculairement d'abord, puis parallèlement aux parois abdominales. Dès la première piqûre, les accidens cessèrent comme par enchantement , et le calme fut complet. L'o- pération n'eut pas besoin d'être renouvelée le même jour. Le lendemain et le surlendemain l'accès tenta vainement de se reproduire. Une es- pèce de souvenir de l'opération luttant avec avan- tage contre l'habitude morbide, on ne pratiqua

DE L'ACUPl VJÏl RE. 2.

l'acupuncture que tous les trois jours. Ce n'est qu'au bout de trois mois qu'on fut obligé de la pratiquer tous les jours, et par ce moyen la fièvre nerveuse fut complètement détruite au bout de six mois. Quelques* malaises qui surve- naient encore, au réveil surtout, étaient dissipés par l'acupuncture. Les piqûres multipliées causant de la douleur, on fut ensuite obligé de les rem- placer par l'usage de l'opium , dont on éleva la dose jusqu'à douze grains. Quelque temps après, l'opium et l'acupuncture n'étaient presque plus nécessaires, lorsque un jour la malade se servit d'une aiguille courte non armée de cire. Elle l'en- fonça tellement qu'il fut impossible de la retirer, et les mouvemens de la respiration la firent com- plètement disparaître. L'aiguille chemina du côté gauche, et déterminait une douleur assez vive quand la malade montait ou descendait un escalier, ou remuait le bras. Une sensation désagréable était éprouvée lorsque les alimens descendaient dans l'estomac. Durant tout le temps que l'aiguille est restée dans la région épigastrique , la malade s'est trouvée complè tement délivrée de tous les accidens nerveux qu'elle éprouvait précédemment; en- suite, à mesure que la gêne et la douleur causées par la présence du corps étranger se sont éva- nouies, quelques accès de fièvre sont revenus et ont été dissipés par l'opium. La santé s'est ensuite

22 TRAITÉ

parfaitement rétablie; il n'y a pas eu de rechute, et l'aiguille n'a plus causé de douleurs. »

Je vais donner un abrégé de deux autres obser- vations du même auteur.

« Un pavsan âgé de 4o ans était depuis un mois atteint de toux convulsive (coqueluche) avec douleur àl'épigastre. La toux le fatiguait beau- coup, surtout dans la marche rapide. Une aiguille fut enfoncée à une telle profondeur dans la ré- gion épigastrique , que j'ai lieu de croire, dit M.Berlioz, avoir percé l'estomac. Elle fut laissée en place pendant trois minutes; le malade fut aus- sitôt guéri sans rechute. »

Après avoir dit que l'acupuncture soulage dans les contusions sans ecchymoses. M. Berlioz donne l'observation suivante : << Un homme tombé de dix à douze pieds de hauteur sur un tas de pierres eut toute la partie postérieure du corps tellement meurtrie, qu'il ne pouvait plus exécuter le moindre mouvement. Placé sur le lit. il y gardait la posi- tion qu'on lui avait donnée. Onze piqûres sur la partie postérieure du cou dans l'espace d'une demi-heure permirent au malade de lever la tête. La même opération exécutée les jours sui- vans, et d'après ses instances, sur diverses par- ties, lui procura la liberté de se retourner seul dans son lit . et bientôt il fut guéri. »

M. Berlioz recommande l'acupuncture dans les

DE L'ACIPINCTUIE. #

douleurs suite d'efforts, de tra\ail forcé, dans le rhumatisme vague affectant les muscle> c\térii-ui y de l'appareil respiratoire, et -caractérisé pur l'im- mobilité du malade, l'inspiration profonde e{ m '•- nible? et une toux causant de> douleur*. - que l'expulsion des crachats est impossible. «L'a- cupuncture, dit-il, dissipe sur-le-champ cet étal, d'angoisse, et rend aux muscles la liberté de leurs mouvemens dans l'espace d'une a deux mi- nutes. » Il la recommande également dans les douleurs nerveuses de la tète, dans celles du pa- roxisme des fièvres intermittentes, quoique dans ce dernier cas elle n'ait pas un effet aussi complet. Enfin il la préconise contre les accidens dépen- dant du désordre du svitème nerveux. « il est peu de remèdes qui jouissent d'une activité aussi prompte, et qui produisent des effets aussi mer- veilleux »

Après les expériences de M. Bretonneau . qui prouvent qu'on peut sans inconvénient introduire des aiguilles jusque dans les ventricules du cœur. pourquoi dans l'asphyxie , comme le conseille M. Berlioz, ne perforerait-on pas cet organe, pour le soumettre alors à un excitant galvanique ou à l'électricité.

Je n'hésile pas à reconnaître avec M. Berlioz . que souvent la douleur n'est que déplacée par une première introduction de l'aiguille, et que ce

M TRAITE

n'est qu'à la quatrième ou cinquième acupunc- ture que la guérison a lieu; que la piqûre est à peine apparente5, et qu'il en sort rarement du sang/

M. Berlioz se sert d'une aiguille en acier, de trois pouces de longueur. « Je l'introduis, dit-il, par rotation } peu peu (en évitant les gros vais- seaux et les nerfs), et je m'arrête quelques secondes, de temps à autre, pour demander au malade s'il éprouve du soulagement. Quoique l'in- troduction perpendiculaire soit préférable , celle oblique peut être aussi avantageuse : dans tous les cas , il faut laisser l'aiguille en place pendant quatre à cinq minutes. »

Je dois passer sous silence l'article acupunc- ture du Dictionnaire des Sciences médicales, puisque M. Bedor, pour rejeter l'acupuncture, se contente de raisonner sans donner le résultat d'aucune expérience.

On trouve dans le treizième volume du Jour- nal universel des Sciences médicales, une notice fort intéressante sur l'acupuncture , par M. Haime. Ce médecin a pratiqué cette opération , en pré- sence de M. Bre tonneau, dans trois cas difFérens dont voici un court exposé.

Première observation. « Une fille âgée de 2^ ans, étant née robuste, devint nerveuse par suite d'une menstruation îrrégulière , ayant à dix-huit

DE L'ACUPUNCTURE. ^5

ans contracté l'habitude de l'onanisme ; il se joignit à son état empiré des vomissemens habituels et des convulsions générales extrêmement violentes qui furent suspendues par l'usage des bains froids. Bientôt, malgré divers moyens employés, les ef- forts spasmodiques parurent se concentrer sur le diaphragme et sur l'estomac; un hoquet nerveux se déclara, et acquit une telle intensité, qu'on saisissait à peine quelques instans de relâche. Des vésicatoires, des ventouses scarifiées sur l'épi— gastre , des bains froids , ne le suspendant que pour quelque temps, on eut recours à l'acupunc- ture. J'introduisis, dit M. Haime, l'aiguille au centre épigastrique, perpendiculairement, en la roulant entre mes doigts et en appuyant sur sa tête. INous ne tardâmes pas à reconnaître avec quelle étonnante promptitude ce remède asit. A peine l'instrument fut-il parvenu à la profondeur de quelques lignes, que les accidens cessèrent comme par enchantement. On laissa l'aiguille en place cinq minutes. Cette opération fut suivie d'un calme parfait et de la cessation du hoquet pendant trois jours. On revint alors à l'aiguille, dont l'effet fut aussi prompt et aussi efficace. On employa ensuite l'acupuncture selon les be- soins. Enfin je puis affirmer, ajoute M. Haime. que ce moyen n'a pas manqué son effet une seule fois; la piqûre de l'estomac n'a jamais été suivie

26 TRAITÉ

d'inconvéniens; cette profondeur de l'aiguille était même souvent nécessaire pour faire dispa- raître complètement les symptômes. La malade ne tarda pas à se rétablir et à jouir, bien que va- poreuse , d'un état de santé satisfaisant. »

Deuxième observation. « Une femme âgée de 38 ans avait déjà été atteinte d'une rhumatalgie, à la partie inférieure du côté gauche du thorax , lorsque, six semaines après, les mouvemens res- piratoires devinrent chez elle extrêmement pé- nibles, le tronc immobile ; la violence des douleurs arrachait des cris , à la moindre secousse ; pouls petit , concentré , sueur froide sur tout le corps. Une aiguille fut à peine introduite dans le point douloureux, que la douleur descendit dans l'abdomen, elle fut poursuivie par une deuxième aiguille, puis une troisième, qui rendit la respiration parfaitement libre, et fit que la malade s'écria qu'on lui avait rendu la vie. Les douleurs revenues, mais moindres, les jours suivans, des acupunctures les chassèrent chaque jour, et au quatrième la cure fut radicale. »

Le sujet de la troisième observation est un rhu- matisme du bras, si violent qu'il arrachait des cris à la malade. Une première acupuncture chassa la douleur dans l'avant-bras, et une deuxième la fit disparaître entièrement. « Je dois déclarer, dit M. Haiine , que c'est sans aucun avantage que

DE L'ACUPUNCTURE. r)

j'ai pratiqué cette opération à différentes reprises sur deux membres paralysés. »

M. Haime termine en demandant « si, d'après les médecins qui regardent les douleurs nerveuses comme le produit de l'accumulation vicieuse dans la partie qui en est le siège, du fluide qu'on dit parcourir les nerfs , on ne peut pas admettre que dans ce cas l'acupuncture agit en favorisant la libre circulation de ce fluide et en débarrassant ainsi ces organes de la surcharge qui exaltait ou pervertissait leur sensibilité. »

Churchill , chirurgien de Londres, a depuis pra- tiqué plusieurs fois l'acupuncture avec succès, dans plusieurs cas de névralgies et de rhuma- tismes.

M. Demours l'oculiste a imaginé d'adapter à des capsules de verre , à des ventouses , une pompe aspirante qu'on peut enlever à volonté. Au sommet de la capsule se trouve un tube qui . sans admettre l'air, sert de conducteur à une ai- guille qu'on fait pénétrer à volonté dans les chairs quand le vide est opéré. Les motifs que M. De- mours allègue en faveur de cet instrument sont que la sensibilité de la partie est tellement émous- sée par l'action de la ventouse , que l'introduc- tion de l'aiguille ne cause pas la moindre douleur. et qu'elle peut pénétrer plus profondément dans les tissus gonflés. Mais la piqûre des aiguilles

9.8 TRAITE

cause une douleur si légère, qu'il est bien inu- tile d'avoir recours pour la tempérer à des moyens si compliqués. Il parait aussi que dans ces der- niers temps M. Deinours a employé le procédé sui- vant contre les ophthalmies : il fait un pli à la peau qui environne les paupières, comme s'il voulait y pratiquer un séton, et il le traverse avec un fil métallique dont il rapproche ensuite les extré- mités.

M. le professeur Béelard, dont nous aurons plus tard besoin d'invoquer l'autorité au sujet de- ses nombreuses expériences sur les piqûres des artères et des nerfs, M. Béelard, dans son article acupuncture du Dictionnaire de Médecine, con- clut en ces termes : « Quelques médecins ont paru regretter que ce moyen ne fût pas plus souvent employé dans notre thérapeutique. Avant d'avoir fait des expériences sur cette opération, et avant qu'elle eût été employée comme moven théra- peutique en Europe , j'étais assez disposé à croire qu'on devait la laisser à ses inventeurs : l'expé- rience rn'a confirmé dans cette opinion. »

Le cent-huitième cahier du Journal des Sciences médicales contient une observation de trismus guéri en Angleterre par l'acupuncture. Elle est de M. F. Finch. Un homme était tombé d'une hauteur considérable, et s'était fait plusieurs plaies con- tuses sur différentes parties du corps et du crâne.

DE L'ACUPUNCTURE. *g

On désespérait de le sauver, parce qu'il y avait trisinus et impossibilité d'avaler. L'on introduisit

une aiguille dans le muscle masseter et dans le sterno-mastoïdien ; « tous les muscles du cou et de la gorge de ce coté furent à l'instant soulagés de leur contraction spasmodique. Une deuxième aiguille fut alors poussée dans le muscle masseter de l'autre coté, et immédiatement après il y eut aussi du mieux, quoique moins sensible qu'aupa- ravant. Un instant après l'effet fut tel, que le ma- lade prit une forte dose de teinture d'opium et une tasse de chocolat; » au bout de quelques jours il fut parfaitement guéri.

D'après les résultats qu'il avait déjà obtenus sur plus de deux cents malades, M. Jules Clo- quet a présenté à l'Académie des Sciences, sur l'acupuncture, quelques réflexions dont voici le sommaire. Il avance que :

L'acupuncture agit généralement sur les douleurs, quelîe que soit leur cause.

De ces douleurs /les unes disparaissent sans retour ; d'autres reparaissent après un tempes va- riable, mais presque toujours plus faibles qu'a- vant l'opération, et elles peuvent être enlevées de rechef par une nouvelle acupuncture; d'autres douleurs diminuent seulement d'intensité, sans disparaître entièrement; enfin quelques autres

3o TRAITÉ

douleurs ne sont point modifiées par cette opé- ration.

L'introduction de l'aiguille est en général peu douloureuse, surtout quand on pratique l'opéra- tion pour des douleurs très-vives.

Un temps variable après l'introduction de l'aiguille , le malade éprouve un engourdissement dans la partie souffrante , ou de légers frémisse- mens dans le trajet des nerfs.

Il se forme très-souvent autour de l'aiguille une plaque érythémateuse , d'une couleur rosée plus ou moins vive , le plus souvent arrondie , parfois plus étendue sur l'un des côtés de l'ai- guille que sur l'autre, quelquefois linéaire ou fort allongée. Cette coloration de la peau est très- vive, et a lieu immédiatement chez quelques ma- lades ; chez d'autres elle est moins intense , et n'arrive qu'après quatre, cinq, six minutes, un quart d'heure , une demi-heure. Chez quelques- uns elle n'a point lieu; chez d'autres, elle est remplacée par un bourrelet circulaire , qui sou- lève légèrement la peau. Le soulagement de Ja douleur est ordinairement d'autant plus marqué et plus prompt que la plaque érythémateuse pa- raît plus tôt et est plus étendue.

Quand l'acupuncture agit favorablement, au bout d'un temps variable (d'une minute à une

DE L'ACUPUNCTURE. Si

demi-heure), la douleur paraît se concentrer sur l'aiguille; les malades éprouvent dans l'endroit elle est enfoncée, de la chaleur ou de petits élan- cemens.

Quelquefois de nouvelles douleurs paraissent inopinément dans un endroit éloigné du siège de l'acupuncture; on les fait disparaître par l 'introduc- tion d'une nouvelle aiguille dans le lieu malade. La douleur que le malade éprouve à l'aiguille est continuelle ou revient à des intervalles va- riables.

Presque constamment, quand avec un conduc- teur métallique ou avec le bout du doigt , que l'on a mouillé , on touche la portion sortante de l'aiguille, les malades éprouvent dans la piqûre des élancemens plus vifs, et cela pour le plus léger contact; la douleur pour laquelle on pratique l'opération diminue en proportion.

Si l'on adapte à l'aiguille un conducteur métal- lique dont on plonge l'autre extrémité dans un vase rempli d'eau salée, l'action paraît plus vive, plus prompte; les douleurs ressenties à l'aiguille plus violentes.

Quelquefois M. Cloquet a été obligé de retirer momentanément le conducteur pour calmer les élancemens extrêmement vifs qu'éprouvaient les malades.

Si on laisse le doigt sur l'aiguille . on ne tarde

52 TRAITÉ

pas à éprouver soi-même un léger engourdisse- ment au niveau de la première articulation pha- langienne; à mesure qu'on prolonge l'expérience, l'engourdissement s'étend à tout le doigt, à une portion de la main, et jusqu'à l'avant-bras. Dans quelques cas, j'ai éprouvé des contractions mus- culaires involontaires, convulsives, non doulou- reuses et instantanées, dans plusieurs des mus- cles de l'avant-bras et du bras. Chaque fois qu'on touche alors l'aiguille , on ressent de légères com- motions semblables à celles que produit la pile galvanique. On observe aussi ces phénomènes en touchant l'aiguille avec un conducteur métallique que l'on tient à la main.

Quelques malades éprouvent des phénomènes généraux pendant l'acupuncture; assez souvent, des sueurs partielles plus ou moins abondantes; d'autres perdent la sensation de froid qu'ils avaient dans la partie malade ; quelques-uns tom- bent en syncope , ce qui est rare. Presque tous éprouvent un bien-être marqué , changent com- plètement de physionomie, passent en peu de temps de l'expression la plus douloureuse , du plus grand abattement, à un état de calme et souvent même d'hilarité remarquable.

Les mouvemens et les fonctions de la partie ne tardent pas à se rétablir plus ou moins com- plètement.

DE L'ACMM VriTIŒ. 33

Quand on a employé des aiguilles d'acier bien polies, on voit que pendant l'opération elles se sont oxidées; leur pointe, à une distance de quatre à cinq lignes, devient d'un bleu violet, brillant, irisé, comme si on l'avait passée au feu; d'autres fois toute la portion qui était enfoncée dans les parties molles est noirâtre, terne, ru- gueuse; celle qui sortait reste claire et brillante, elle n'a rien perdu de son poli." Ces phénomènes d'oxidation sont, en général, d'autant plus pro- noncés, que les aiguilles ont séjourné pins long- temps dans les parties. lisant lieu, mais sont peut-être moins marqués et moins eonsians. lorsqu'on enfonce des aiguilles dans des muscles vivans exempts de douleurs. On ne les observe pas quand on fait l'expérience sur le cadavre froid.

L'acupuncture instantanée ou faite pendant une ou deux minutes n'a en général que des effets peu marqués ou nuls. Ce n'est ordinairement qu'a- près un laps de temps qui varie de trois minutes à deux heures.. qu'on peut observer des effets favo- rables. Ces différences rendent raison des diverses opinions des chirurgiens sur l'acupuncture, que les uns ont regardée comme très- efficace, et les autres comme un moyen à peu près nul.

Les effets qu'on ne peut obtenir avec une seule aiguille, on les obtient par l'application

54 TRAITÉ

soit simultanée, soit consécutive , de deux, trois, même quelquefois d'un plus grand nombre.

Il ne faut en général retirer les aiguilles que lorsque les douleurs pour lesquelles on a pratiqué l'opération , et même celles qu'aurait pu causer l'introduction des aiguilles, ont disparu depuis quelque temps. On doit proportionner la du- rée de l'acupuncture à la ténacité, à la persis- tance des douleurs. Lorsque M. Jules Cloquet fit sa communication à l'Académie des Sciences, il n'avait pas encore prolongé l'acupuncture au- delà de huit heure*; après ce laps de temps, il n'y a pas de trace d'inflammation au voisinage de l'aiguille, si ce n'est dans quelques cas le cercle rougeâtre dont j'ai parlé.

M. J. Cloquet a employé l'acupuncture, dans des rhumatismes musculaires aigus et chroni- ques. Il a obtenu des effets très- prononcés; beaucoup de malades ont guéri après une ou plusieurs acupunctures.

Dans les rhumatismes fibreux. Mêmes ré- sultats.

Dans les rhumatismes articulaires aigus et chroniques. Les effets sont moins prononcés; néanmoins plusieurs guérisons ont eu lieu après un nombre variable d'acupunctures.

Dans les névralgies faciale, dentaire, sus- orbitaire, cubitale; dans les céphalalgies opi-

DE L'ACl PLVJÏIRE. niâtres. Les effets oart été pboulpts dbiu beau- coup de cas; plusieurs malades ont guéri après une, deux ou trois acupunctures. Chez d'autres la maladie a résisté avec opiniâtreté ou n'a été que peu modifiée par l'acupuncture.

Dans des contusions profondes, récentes ou anciennes; il a obtenu des effets en général prompts; un soulagement marqué ou la guéri- son après plusieurs acupunctures , quelquefois même après une seule.

Dans les inflammations , l'ophthalinie , la pleurésie, l'inflammation des intestins, des testi- cules, les douleurs abdominales anciennes, pa- raissant entretenues par des inflammations chro- niques. Il a obtenu la cessation ou seulement la diminution de la douleur, et des symptômes inflammatoires.

70 Dans la paralysie, le tremblement mercu- riel ; les effets sont nuls , quand il n'y a pas de douleurs.

Dans des crampes, des contractures mus- culaires; ici les effets sont en général prompts; il y a eu plusieurs cas de guérison.

A la même époque, M. J. Cloquet avait pra- tiqué en présence des élèves de l'hôpital Saint- Louis plus de quatre cents fois l'acupuncture . dans presque toutes les parties du corps, sans avoir observé un seul accident. Il faut remarquer

3.

56 TRAITE

que l'aiguille, introduite avec précaution , ne fait qu'écarter les fibres des tissus , et que celles-ci se rapprochent dès qu'on fait l'extraction de l'instru- ment. Bans le pins grand nombre des cas, il ne s'écoule pas une goutte de sang après l'extrac- tion de l'aiguille.

D'après ce qui précède , M. Cloquet soupçonne qu'il se fait pendant l'acupuncture un dégagement d'un fluide. Il reste à prouver son existence et à déterminer par des expériences rigoureuses si ce fluide qu'il admet provisoirement est ana- logue au galvanisme, au magnétisme, ou s'il est d'une nature spéciale, et, dans ce cas, quelles sont ses propriétés ; s'il existe dans nos organes à l'état sain, s'il ne devient qu'accidentellement cause de maladies, ou bien, au contraire, s'il se développe sous l'influence de ces dernières?

Le même praticien s'occupe à déterminer po- sitivement les différences que peuvent entraîner dans les phénomènes de l'acupuncture les diverses espèces de métaux avec lesquels on fabrique les aiguilles ; la grosseur, la longueur de ces instru- mens, la manière de les introduire, le sens de leur introduction, le temps qu'elles demeurent en place, leur nombre, leur isolement ou leur communication par des conducteurs avec difle- rens corps.

I! reste encore à éclaircir, dit le même au-

DE L'ACUPL^CTLUi:. 5;

leur, un point de la plus haute importais <• en pathologie; celui de savoir si le principe de t<>ni< inflammation n'a point son siège dans le système nerveux, et si l'acupuncture a une influence di- recte sur cet agent nerveux, en agissant sur lui comme les pointes sur le fluide électrique?

Si la douleur en général , quelle que soit sa cause, n'est point déterminée par une surabon- dance, une accumulation accidentelle de fluide nerveux dans les parties qui en sont le siège? Si les aiguilles agissent en soutirant cet excès, en rétablissant l'équilibre nécessaire à l'exercice ré- gulier des fonctions? Si les phénomènes pa- ralytiques ne dépendent pas d'une diminution dans ce principe d'action, et s'il n'y, aurait pas possibilité d'y suppléer par l'introduction directe du galvanisme ( supposé que ces deux agens soient les mêmes), parles aiguilles enfon- cées dans les muscles paralysés?

M. Cloque t s'occupe d'expériences pour dé- terminer l'influence de l'acupuncture instan- tanée ou prolongée , sur les diverses espèces d'inflammations, aux divers temps de leur déve- loppement : pendant la période des douleurs seules ; pendant la période du gonflement in- flammatoire ; pendant la suppuration, la for- mation des exudations séreuses, albumineuses; enfin, dans les inflammations passées à l'état

58 TRAITE

chronique : il fera connaître plus tard les résultats qu'il aura obtenus.

Le même praticien n'est pas éloigné de croire qu'on pourra parvenir à résoudre cette importante question . de savoir : si le sang, par son abon- dance ou ses qualités particulières , est la cause de la plupart des inflammations , ou si seulement son accumulation est un des effets immédiats du principe d'irritation ; si les inflammations et les nombreuses altérations qu'elles entraînent à leur suite , ne sont que des désordres produits par le principe d'irritation ; si par conséquent il ne deviendrait pas possible de guérir les in- flammations plus promptenient, sans affaiblir les malades, en agissant primitivement sur le prin- cipe d'irritation , en le soustrayant , au lieu d'a- voir recours aux évacuations sanguines; en agis- sant non sur les effets , sur les désordres produits par ce principe d'irritation , mais sur ce principe lui-même. Si, en un mot, en enlevant directement le stimulus qui appelle le sang dans les parties, on n'agirait pas plus efficacement, plus promptement qu'en diminuant la quan- tité de ce liquide par des saignées locales ou générales, qu'en dirigeant ses moyens théra- peutiques sur les conséquences du principe d'ir- ritation.

Telles sont les principales idées que M. Clo-

DE LÀCUftJWCTURE. 5g

quel avance, mais avec cette réserve, ce dout<- philosophique qui doit diriger les recli^rrhr- dans les sciences d'observation, les théo- ries ne peuvent être établies qu'après qu'on a re- cueilli un grand nombre de faits.

Je crois avoir passé en revue tout ce qui a été fait jusqu'à ces derniers temps sur l'acupuncture. Qu'il me soit maintenant permis de me livrer à quelques considérations générales sur l'emploi de cette opération chirurgicale.

On se rappelle que Ten-Rhyne recommande de laisser l'aiguille en place pendant trente respira- tions, etRœmpfer pendant deux respirations seule- ment. On aura sans doute remarqué que, prenant trop fidèlementcesdeux auteurs pour guides, onn'a jamais laissé l'aiguille dans les tissus plus de quatre à cinq minutes, et encore rarement l'y laissait-on si long-temps, pour se conformer peut-être au précepte donné par Kœmpfer, mais surtout d'a- près l'idée, généralement adoptée, que l'acupunc- ture agissait en irritant les tissus et en déterminant ainsi une dérivation.

N'est— il pas étonnant que M. Berlioz, ayant re- marqué qu'une aiguille introduite par mégarde profondément dans les tissus , délivra pendant long-temps la malade de tous les aecidens qu'elle éprouvait; n'est-il pas étonnant, dis-je. d'après cette observation , qu'il n'ait pas ouvert les veux

4o TRAITÉ

sur l'importance du séjour prolongé de l'ai- guille? Mais M. Berlioz, découragé par la manière dont la Société de Médecine accueillit son mé- moire , aurait-il abandonné ses expériences ?

D'après ce qui précède on est , je crois, en droit de conclure : i°que jusqu'à M. Jules Cloquet, l'a- cupuncture pouvait à peine être regardée comme un moyen thérapeutique , quelques observations éparses n'ayant pas réussi à faire apprécier sa va- leur; 2° qu'on n'avait jamais songé à laisser sé- journer l'aiguille dans les tissus un temps suffisant pour obtenir des effets plus marqués , plus cons- tans et plus nombreux; qu'on n'avait tenté au- cune expérience pour fonder une théorie sur son mode d'action.

Il n'est pas étonnant qu'en Asie, des peuples pour qui rester dans l'ignorance plutôt que de déroger aux coutumes antiques est presque une loi ; il n'est pas étonnant que ces peuples superstitieux, frappés de la rapidité des effets de l'acupuncture, l'aient aussitôt regardée comme un remède héroïque et universel. Mais il ne pou- vait pas en être de même en Europe, l'on exa- mine les choses de plus près. Un petit nombre de succès remarquables ne suffisait pas pour ac- créditer un agent thérapeutique si puissant, et on laissait séjourner l'aiguille trop peu de temps dans les tissus, pour pouvoir multiplier ces suc-

DE L'ACUPUNCTURE. , i

ces. Aussi regardait-on généralement les heu- reux effets de l'acupuncture comme une fic- tion. Il était réservé à M. Jules Cloquet de faire triompher la vérité. Si ce praticien n'avait pas eu à opposer à ses adversaires une réputation justement acquise; si dans un court espace de temps il n'avait pas été à même de multiplier ses expériences, il eût sans doute rencontré beau- coup plus d'obstacles, qui, je le pense bien, ne l'auraient pas arrêté : il met trop de zèle et de persévérance dans ses recherches, pour se laisser décourager.

\-2 TRAITÉ

CHAPITRE II.

Pour procéder sûrement dans les sciences, il faut s'appuyer sur des faits. C'est pourquoi , avant de me livrer à des considérations générales sur la manière dont M. Jules Cloquet pratique l'acu- puncture, j'ai cru devoir donner les observations que j'ai recueillies sous ses yeux.

Quelques observations éparses n'avaient pas jusqu'à présent réussi à vaincre lesobstables qu'é- levait contre cette opération un septicisme ou- tré, né d'ailleurs des miracles que les voyageurs avaient rapportés de la médecine des Chinois. Aussi ai-je voulu en publier un certain nombre, afin d'exciter l'attention des médecins sur un moyen thérapeutique trop long-temps négligé et dont on peut retirer de grands avantages dans beau- coup de maladies.

DE I/AClPl'NCTllU':. ,

OBSERVATIONS (i).

PREMIÈRE SÉRIE D OBSERVATIONS (2).

Elle renferme les cas une seule acupuncture a suffi pour la cure radicale de la maladie.

Première Observation : Névralgie tibiale antérieure.

Le nommé Chartier ( Jean Nicolas ) , âgé de 64 ans, d'une forte constitution, exerçant à l'hô- pital Saint-Louis la profession de tourneur , avait éprouvé à différentes époques, tantôt dans le membre inférieur droit, tantôt dans le gauche . des douleurs qui chaque fois avaient cédé à des bains de vapeurs. Depuis trois jours, sans cause connue, il ressentait des élancemens le long de la partie antérieure de la jambe gauche, suivant le tra- jet du nerf tibial antérieur. Les douleurs, vive* el continuelles, allaient toujours en croissant; elles étaient devenues telles , que la veille le malade

(1) Laplupartdes observations qu'on valireonte'tepiises parmi celles que j'ai recueillies dans l'espace d'environ deux mois et demi.

(a) Je sais bien qu'une classification fondée sur la nature des maladies eût e'te plus scientifique. Mais comme il s'agit ici d'un moyen thérapeutique , j'ai pense qu'il valait mieux rassembler dans un même groupe les observations des maladies daus lesquelles ses effets avaient e'te à peu près les mêmes.

44 TRAITÉ

avait été obligé de suspendre ses travaux , et qu'il avait passé la nuit fortement agité. Pen- dant la marche les douleurs retentissaient dans le mollet. Le malade vint, le ier décembre 1824, nous trouver en boitant et en s'appuyant sur un bâton. M. Jules Cloquet introduisit une aiguille dans la partie moyenne de la face antérieure de la jambe, point le plus douloureux. 11 se servit d'une aiguille à manche d'ivoire en spirale , semblable à celles des Chinois. îl pénétra à la profondeur d'environ un pouce. On n'y adapta point de con- ducteur; au bout de trois minutes, les élance- mens furent remplacés par de l'engourdissement ; et, douze minutes après, quand on retira l'ai- guille, l'engourdissement avait lui-même en- tièrement disparu. La marche devint extrêmement facile et non douloureuse, le malade s'en alla sans bâton et sans boiter. Ce jour-là même, il fut travailler comme à l'ordinaire ; la nuit, il dormit parfaitement , et le lendemain il nous dit qu'il était si bien guéri , qu'il ne saurait plus distinguer à quelle jambe il avait eu mal. Le ier janvier, il n'y avait aucun retour des dou- leurs.

2.e Observation : Névralgie scîatique pojplilée externe.

Le nommé Sinadot (Louis-François), âgé de 59 ans, serrurier, éprouvait depuis cinq ans,

DE L'ACI PUNCH RE. ,.,

suivant le trajet des nerfs scâatiquè et popHtoei*

(orne, des douleurs qui s étendaient jusqu'à la face dorsale du pied; des barras de vapeurs les avaient presque entièrement fait disparaître, mais

depuis dix jours elles étaient revenues si vives que le malade ne pouvait dormir. Il n'avait cepen- dant pas perdu l'appclil ; il pouvait marcher, mais avec la plus grande difficulté et en boitant. Pour peu que le pied heurtât quelque corps, les dou- leurs retentissaient dans tout le membre ; la cha- leur du lit les calmait. Elles augmentaient dans le décubitus sur le côté affecté. Les bains de vapeurs ne produisant, cette fois, aucun soulagement, le malade vint, le 10 décembre 182^, à la consulta- tion chirurgicale de Saint-Louis. M. Cloquet lui introduisit une aiguille d'acier vers la partie moyenne de la face antérieure de la jambe (c'é- tait l'endroit la douleur était alors le plus vive), et il y adapta un conducteur en laiton . qu'il fit plonger par son extrémité libre dans un verre d'eau salée. Au bout de cinq minutes, les dou- leurs devinrent plus fortes à l'endroit de la piqûre, mais bientôt elles diminuèrent peu à peu , et il ne resta plus que de l'engourdissement. L'aiguille retirée au bout d'une heure, le malade nous dit d'abord qu'auparavant il n'aurait pu rester si long-temps assis. Use leva ensuite, et marcha sans moindre claudication . quoiqu'il ressentît toute-

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fois encore de l'engourdissement. Palpant alors sa jambe, il fut fort étonné de ne plus éprouver de sensation pénible. Le i3, l'engourdissement existait encore, mais il était si léger, que le ma- lade ne put nous en déterminer le siège prin- cipal. M. Jules Cloquet lui prescrivit alors des bains de vapeurs. Nous n'avons pas revu ce malade.

3e Observation : Névralgie faciale.

Le nommé Serbrousse (Adolphe), âgé de 22 ans, infirmier à l'hôpital Saint-Louis, d'une constitution lymphatico- nerveuse, sortant d'un bain chaud, qu'il avait pris par propreté, le 2 janvier i8s5, sentit tout à coup un froid très-vif à la joue gauche. Le lendemain, léger gonflement, rou- geur vive à la joue, œil de ce côté plus brillant, douleurs fortes qui allèrent en augmentant jusqu'au 1 5. Elles furent alors si violentes, que le malade s'étant persuadé qu'elles dépendaient d'une dent molaire, se la fit arracher quoiqu'elle fût parfai- tement saine. La douleur de l'extraction ne fut nullement comparable à celles qu'il ressentait déjà. Il ne s'écoula pas plus de sang qu'il ne s'en écoule ordinairement après cette opération. Alors les douleurs, loin d'être moins vives, devinrent de plus en plus intenses, et le malade passa une nuit

DE L'ACUPUNCTURE. ,:

fort agitée, au milieu d'angoisses inexprimable* Le i4? la joue étant toujours très-rouge et légère- ment gonflée, les mouvemens de la mâchoire ne pouvant s'exécuter sans augmenter encore les dou- leurs, qui d'ailleurs étaient continuelles, M. Jules Cloquet introduisit une aiguille dans l'épaisseur de la joue malade, dirigeant sa pointe vers l'o- rigine du nerf facial ( on y adapta un con- ducteur comme dans le cas précédent) : au bout de huit minutes, engourdissement des parties af- fectées ; la pression fut à peine douloureuse , les mouvemens de la mâchoire devinrent de plus en plus faciles. Au bout d'un quart d'heure, l'aiguille étant retirée , la rougeur de la peau s'était pres- que entièrement dissipée, ainsi que celle de l'œil, qui reprit sa mobilité naturelle : les douleurs avaient entièrement disparu. Le malade, qui aupa- ravant ne pouvait ouvrir la bouche, put aussitôt manger sans difficulté ; le léger gonflement persista seul, et ce ne fut que deux jours après qu'il dispa- rut entièrement , sans autre moyen thérapeu- tique. Le 3 février 1825, il n'avait reparu aucun symptôme de la maladie.

4e Observation : Névralgie sus-orbîtaire. (Observation re- cueillie par M. Godart, élève de l'hôpital Saint-Louis.)

Madame Isaac, âgée de 60 ans environ , éprou- vait depuis six semaines des douleurs très -vives

48 TRAITE

dans toute la partie latérale gauche de la tête. Ces douleurs semblaient partir du trou sus-orhi- taire, et se répandre de à toute la partie cor- respondante du front et de la tempe , jusqu'à la nuque. Depuis quinze jours , elles étaient conti- nuelles, et empêchaient la malade de dormir. Des applications narcotiques et des potions calmantes avaient été sans effet ; l'œil et la partie gauche de la face étaient rouges et animés , les paupières étaient légèrement gonflées, le côté gauche de la tête, et surtout la nuque, étaient très-doulou- reux à la pression. Ce fut à cette dernière partie que, le 22 décembre 1824, M. Jules Clo- quet pratiqua l'acupuncture, avec une aiguille d'acier armée d'un conducteur métallique dont il plongea l'extrémité libre dans un verre d'eau salée. Un quart d'heure après l'opération, la ma- lade sentit de la diminution dans ses douleurs ; elle éprouva un sentiment de traction et de froid, depuis le trou sus-orbitaire jusqu'à la nuque, suivant la direction des nerfs. L'œil et la face semblèrent un peu moins rouges. L'aiguille fut retirée au bout de soixante et dix mi- nutes. Alors l'œil et la face avaient presque entiè- rement perdu leur rougeur ; la douleur à la nuque était nulle : la malade y appuya les doigts sans éprouver aucune sensation désagréable. Le soulagement fut partout complet, excepté au

DE L'ACUPUNCTURE. /,9

front, madame I*** éprouvait encore un léger sentiment de douleur quand elle y appuyait la main. Trois jours après, cette douleur du front existait encore , mais elle n'était sensible qu'à la pression, et elle était d'ailleurs si légère, que M. J. Cloquet ne jugea pas nécessaire de pratiquer une nouvelle acupuncture. Le 8 janvier M. Godart vit madame I*** : elle dormait bien, et ne ressen- tait pas la moindre douleur.

5" Observation : Rhumatisme de la partie latérale gauche du tronc et du membre supérieur correspondant.

Le nommé Launay (Joseph), âgé de 5o ans, d'une forte constitution, éprouvait depuis quelques mois , dans le côté gauche du tronc et dans le membre supérieur correspondant, des douleurs qu'il rapportait à une suppression de transpira- tion. Il ne pouvait s'habiller seul; quand il voulait lever le bras, il le sentait retenu par une espèce de corde douloureuse qui s'étendait le long du côté gauche du tronc jusqu'à la cuisse. Le 5 décembre 1824, M. Jules Cloquet introduisit une ai- guille au sommet de l'épaule et une autre au bras. Un instant après il en mit une troisième à la partie supérieure de la cuisse du même côté. Au bout de quinze minutes il y eut une lipothv- mie; on retira de suite les aiguilles, et le malade

4

5o TRAITÉ

\

s'en alla. Le 6 il nous dit qu'après l'opération du 3, il s'était servi de son bras aussi bien qu'avant la maladie, seulement le matin il y avait un peu de roideur. Il fit devant nous exécuter facilement à son bras les mouvemens les plus étendus. Il éprouvait cependant encore un sentiment de froid dans le côté gauche. M. Jules Cloquet ne jugeant pas nécessaire une deuxième acupunc- ture, se contenta de lui prescrire des bains de fumigations aromatiques.

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6e ÔBservation : Rhumatismë/iombaùe.

Le nommé Chrétien (Joseph), âgé de i4ans, d'une Constitution robuste, éprouvait depuis six mois une douleur profonde à la région lombaire. Cette douleur augmentait peu par la pression et l'exercice de la marche, mais elle devenait extrêmement vive quand le malade voulait soulever un fardeau , et faire un mouvement qui exigeât l'action des muscles sac ro -spinaux. Aucun moyen curatif n'avait encore été employé contre cette affection, lorsque, le 29 novembre 1824? M. Jules Cloquet introduisit dans la ré- gion lombake deux aiguilles, une de chaque côté de la colonne vertébrale. On ne laissa ces aiguilles que dix minutes, et cependant quand elles furent retirées, le malade se baissa et souleva une pièce

DE L'ACUPUNCTURE. fcî

de bois sans éprouver la moindre douleur. Il ré- péta trois fois la même épreuve, et toujours sans la moindre incommodité. Le i5 janvier 1 8 if), il ne lui était rien survenu depuis l'acupuncture.

7e Observation : Contracture musculaire.

Le nommé Vérelle (Antoine), âgé de 37 ans, journalier, avait depuis six semaines une contrac- ture du muscle droit interne de la cuisse. Il attri- buait cette affection à un mouvement brusque qu'il avait fait pour soulever une pelle chargée. En touchant la partie interne de la cuisse, on sentait comme une corde tendue suivant la direction du muscle droit interne. Depuis deux jours, la tension était plus forte , ainsi que la douleur qu'elle occasionait. Cependant ces symptômes ne se manifestaient guère que quand le malade voulait se redresser ou soulevei quelque fardeau. Quand il se baissait, il était obligé de porter tout le poids du corps sur le membre sain , et se maintenait seulement sur la pointe du pied de l'autre membre. Vérelle ne s'était encore soumis à aucun traitement. Le 5 décembre 1824, M. Jules Cloquet introduisit une aiguille dans l'épaisseur du muscle contracté : huit ou dix minutes après, la tension diminua L'aiguille retirée au bout d'une demi- heure, le

52 TRAITÉ

malade se baissa plusieurs fois en s'appuvant sur les deux membres. Il souleva une pièce de bois sans éprouver la moindre douleur. On ne sentait plus de tension dans le muscle droit interne ; il avait la même mollesse crue les autres muscles de la cuisse.

8e Observation : Irritation spasmodique.

Le nommé Storhaye (Jean-Baptiste), âgé de 22 ans, d'une constitution lvmphatique. entra le 20 août 1824 à l'hôpital Saint-Louis, pour une ophthalmie scrofuleuse, rebelle à tous les inovens ordinaires. M. J. Cloquet guérit cette mala- die en passant à plusieurs reprises un morceau de nitrate d'argent fondu sur la face interne des paupières renversées, et même sur la conjonctive oculaire, énormément tuméfiée. Quelques jours après son entrée à l'hôpital, on lui avait appliqué à la nuque un vésicatoire , qui détermina une forte irritation à la suite de laquelle il se mani- festa de légères douleurs dans tout le cou. Plus vives depuis deux jours, ces douleurs se faisaient surtout sentir dans le nez, le pharynx, la tra- chée artère , et s'étendaient jusque dans l'inté- rieur de la poitrine. Elles étaient accompa- gnées d'un sentiment de chaleur, avec diffi- culté de respirer, mais sans fièvre ni toux. Il y avait céphalalgie violente, et le malade ne pouvait

DE L'ACUPUNCTURE. 55

pas avaler. Le 3 décembre 1824, M. Jules Cloquet lui introduisit une aiguille, sans conduc- teur, dans la partie antérieure du cou. Il la lit pé- nétrer jusqu'à la trachée artère : au bout d'un quart d'heure, la respiration et la déglutition furent plus faciles : on retira l'aiguille , et la douleur avait cessé totalement. Plus de cé- phalalgie ; il ne restait qu'un peu de chaleur qui , quelques instans après , disparut entièrement du cou et de la poitrine, et ne persista qu'à la face. La nuit suivante, il y eut des sueurs abon- dantes avec des douleurs vagues vers la région malade. Mais le matin , ces douleurs avaient cessé ; la déglutition s'exécutait aussi bien qu'avant la maladie, et les chaleurs delà figure s'étaient éga- lement dissipées. Le 20, aucun symptôme n'a- vait reparu.

9e Observation : Torticolis.

Le nommé Colombert (Antoine-Louis), âgé de 14 ans, garçon tailleur à l'hôpital Saint-Louis, en tournant brusquement la tète à droite, éprouva tout à coup une douleur vive à la partie latérale droite du cou. Immédiatement après cet acci- dent, sa tête se tourna à gauche, et il lui fut impos- sible de la tourner à droite ou de regarder ses pieds. Des cataplasmes émolliens avaient un peu

54 TRAITÉ

diminué la douleur, mais ils n'avaient rien changé aux autres symptômes. Le 3o* décembre 1824, M. J, C loquet introduisit une aiguille, sans con- ducteur, dans les muscles de la partie latérale droi te et un peu postérieure du cou (c'é tait l'endroit le plus douloureux). Une demi -heure après l'o- pération, le malade porta plus facilement la face à droite , il baissa la tête et la releva sans aucune douleur. Au bout de quarante-cinq minutes, on retira l'aiguille ; Colombert redressa la tête et la porta sans aucune gêne à droite et à gauche. On voyait cependant que , quand le malade n'y songeait pas, elle avait encore une certaine tendance à s'incliner à gauche. Le len- demain, il ne s'était manifesté aucune douleur; la tête avait repris sa rectitude naturelle , et le malade exécutait librement tous les mouvemens >ossibles. Le 1 8 janvier, il n'était rien survenu.

10e Observation : Névralgie plantaire.

Le nommé Voisin (Louis -Heureux), âgé de ^4 ans, herboriste, éprouvait depuis huit ans des douleurs légères, errantes par tout le corps, et ne se faisant sentir que lors des variations athino- sphériques : elles ne troublaient nullement ses tra- vaux , et cédaient chaque fois à des bains de va- peur; lorsqu'il v a deux ans environ, après s'être

DE L'ACUPUNCTURE.

livré à la danse, il ressentit à l'extrémité antérieure du pied gauche, et surtout dans les orteils, gLei douleurs lancinantes extrêmement vives. Cel- les-ci ne se manifestaient que lorsque le ma- lade s'appuyait sur le côté externe de la plante du pied, ou que celle-ci portait sur un sol iné- gal. Il éprouvait alors un sentiment de crépitation suivi d'élancemens extrêmement douloureux, qui cessaient un instant après. C'était surtout le ma- tin, au sortir du lit, que ces symptômes offraient le plus d'intensité, et ils étaient tels, que le ma- lade ne pouvait s'appuyer sur le pied, ni faire usage de bottes. Croyant que ces élancemens pouvaient dépendre d'une svphilis dont il n'avait été cepen- dant infecté que depuis l'invasion de ses douleurs. Voisin se fit des frictions mercurielles à la plante du pied. Mais ces frictions augmentèrent les douleurs, bien loin de les diminuer. Des bains de vapeur furent sans effet. Le 1 4 janvier 1820, M. J. Cloquet introduisit perpendiculairement une aiguille dans la plante du pied, entre les deuxième et troisième orteils. Au bout de trois quarts d'heure, quand l'aiguille fut retirée, le malade s'appuya à plusieurs reprises sur le côté externe de la plante du pied, sans éprouver la moindre sensation douloureuse. Dès le lende- main, il put faire usage de bottes, et fit une marche de douze lieues environ, ce qui lui eût

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été impossihle auparavant. En s'appuyant sur la pointe du pied, il éprouvait bien encore le sen- timent de crépitation, mais sans douleur. Le 17, celle-ci n'avait pas reparu (1).

1 ie Observation : Pleurodynie.

Le nommé Ozun (Pierre), âgé de 29 ans, cor- donnier, éprouvait , depuis quinze jours, sans causes connues, une douleur vive au côté droit de la poitrine, vers la sixième côte à peu près. Cette douleur l'empêchait de se tourner de côté, et les mouvemens de la respiration l'augmentaient tel- lement que le malade appréhendait d'inspirer. Quelquefois dans la marche, à l'air froid surtout, il se sentait comme suffoqué, et il était obligé de s'arrêter à l'instant. La pression était doulou- reuse , le sommeil agité ; mais s'il y avait parfois un peu de fièvre , il n'y avait ni expectoration ni toux.

A tous ces accidens Ozun avait opposé d'a- bord, sans beaucoup de soulagement, une sai- gnée de trois palettes et de la tisane pectorale ; puis il eut recours aux bains simples. Après le second bain, la douleur s'était déplacée, et était

(1) Le malade m'a dit, le i" février, que depuis quelques jours il ressentait quelques douleurs j mais elles e'taient si légères qu'il crut inutile de se soumettre à l'acupuncture.

DE L'ACUPUNCTURE. iij

venue se fixer à la partie antérieure du thorax ; mais, quelques jours après, elle reprit son siège primitif, sans que les symptômes que j'ai décrits lussent en rien diminués.

Le 14 décembre 1824, M. Jules Cloquet lui introduisit profondément une aiguille dans le point douloureux, sans pénétrer cependant dans la cavité de la poitrine. Quelques minutes après cette acupuncture, les douleurs vives se chan- gèrent en un sentiment de pesanteur, d'engour- dissement. Au bout d'une demi -heure, la res- piration était devenue parfaitement libre. Les mouvemens du tronc n'occasionaient plus la moindre douleur. Dans le trajet de l'hôpital à sa demeure, elles revinrent presque aussi fortes qu'avant l'acupuncture , mais bientôt elles al- lèrent en diminuant jusqu'au lendemain i5, elles disparurent entièrement. Le 28, il n'était revenu aucun symptôme de la maladie.

12e Observation : Céphalalgie chronique.

Le nommé Delacroix (Jean -Louis ) , Agé de 38 ans, éprouvait de temps à autre, depuis l'âge de 12 ans, des maux de tête très-vifs. (Son père avait éprouvé la même affection, des suites de laquelle il paraît même être mort. ) Depuis onze ans, ces douleurs étaient devenues continuelles, mais si fortes à certaines époques, que le malade

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était obligé de suspendre ses travaux et de gar- der le lit. Ses cheveux étaient devenus gris; sans cesse il éprouvait des pesanteurs de tête et des étourdissemens qui augmentaient quand il se baissait. Alors aussi, il semblait au malade qu'il s'écoulait un liquide de l'intérieur du crâne, le long de la face,, et cette fausse sensation était ac- compagnée de douleurs vives, pendant lesquelles la vue était trouble , comme si un nuage avait été étendu au devant de l'œil droit particulièrement. De temps à autre (tous les quatre à cinq jours), il , se manifestait des élancemens très-vifs avec pesan- teur de tête considérable, la vue devenait plus trou- ble ; alors les objets paraissaient tourner et revêtir une couleur rougeâtre ; les yeux étaient rouges et gonflés. Pendant ces accès, qui duraient de douze heures à vingt-quatre, le malade ne pouvait prendre aucun repos, ni aucun aliment. Immédiatement après, il éprouvait de la courbature dans tous les membres. Le lendemain, les cheveux, quand on les touchait, donnaient la sensation de fils mé- talliques implantés dans le cuir chevelu, et oc- casionaient de vives douleurs. En vain employait- on des sangsues, des vésicatoires, des caïmans, des purgatifs etc. , pour calmer ces accès ; des bains et l'application d'un corps très-froid sur les parties malades pouvaient seuls apporter un léger soulagement.

DE L'ACIIM WCTURE. 5$

Il y avait quelques jours <jpe Delacroix n'avait eiî d'accès semblables, lorsque, le 20 janvier, tous les symptômes ordinaires existant (cépha- lalgie intense, vue trouble, étourdissernens. etc.), M. J. Cloquet lui introduisit une aiguille à de- meure dans le milieu du front. A peine quelques minutes s'étaient écoulées depuis l'opération, que des douleurs vives se firent sentir autour de l'ai- guille; bientôt après, le malade eut la sensation d'un courant qui, de toute la région du front, se serait porté vers l'aiguille, et , un pouce environ avant d'y arriver, aurait donné lieu à de légers picotemens. Ce phénomène persista jusqu'au len- demain. Pendant qu'il dura, les douleurs allèrent en diminuant; la vue devint de moins en moins trouble; le 27, il n'y avait plus d'étourdissemens, plus de douleurs; le nuage que le malade disait exister sur l'œil droit, avait disparu. Dès lors, la vue devint parfaitement nette ; le malade put lire même à la lumière des flambeaux (chose im- possible auparavant) ; en se baissant, il n'éprou- vait plus rien. L'aiguille fut laissée jusqu'au 5i. et à cette époque il ne s'était reproduit aucun symptôme de la maladie. Le i5 avril, Delacroix était en pleine santé ; et cependant il nous dit qu'il aurait avoir au moins à cinq ou six accès

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i3e Observation recueillieparM. le docteur Dronsart à l'hô- pital de la Charité, dans les salles de M. Fouquier, et communiquée à M. Cloquet.

Une femme d'un tempérament nervoso-san- guin entre à la Charité 9 éprouvant à l'épigastre une douleur excessive , que la moindre pression et les mouvemens du tronc rendaient insuppor- table , mais sans aucun autre signe d 'inflammation intérieure. M. Fouquier prononce, sans hésiter, le nom de gastrodjnie , et M. Lautenois, élève interne, est chargé de pratiquer l'acupuncture. La partie malade était extrêmement doulou- reuse ; l'introduction de l'aiguille le fut égale- ment. Mais bientôt on put toucher cette aiguille, enfoncée à peu près de 4 à 5 lignes, sans faire trop souffrir, et la douleur primitive s'amoindrit de plus en plus. Au reste, comme c'est le résultat qui nous intéresse surtout en pratique, j'abrège en disant que l'aiguille ayant été enlevée environ une heure après son introduction (1), la malade se trouva tout-à-fait guérie; que le lendemain elle n'avait rien ressenti, et que le surlendemain sa première demande à M. Fouquier fut son bil- let de sortie.

Nota. M. Fouquier lui a bien recommandé de revenir à la Charité, si sa douleur reparaissait,

(i) C'était une aiguille d'argent à manche.

DE L'ACUPUNCTURE. 61

i4" Observation : Céphalalgie compliquée de slrahistm* et d'un grand trouble dans la vision.

Une femme âgée de 58 ans, d'un tempérament lyinphatico - nerveux , éprouvait depuis six se- maines une douleur extrêmement vive dans fout le côté droit de la tête j et spécialement dans la région orbitaire correspondante , avec une alté- ration très-remarquable dans l'exercice de la vi- sion de l'œil du même côté. L'affection avait paru sans cause connue, et les élancemens que cette femme ressentait dans les parties affectées étaient continuels et tellement violens , qu'il n'y avait point eu de repos, ni jour ni nuit, depuis l'invasion de la maladie. Le 20 décembre 1824, la malade vint à l'hôpital Saint- Louis trouver M. Cloquet , et voici dans quel état nous la trouvâmes : sa face était pâle , resserrée, comme grippée , et portait l'empreinte d'une vive dou- leur ; les paupières de l'œil droit étaient convul- sivement contractées, et ce dernier organe offroii un léger strabisme au dedans. La vision était presque complètement abolie. La malade ne dis- tinguait les objets les plus volumineux qu'avec peine , et au lieu de les voir simples , elle aper- cevait trois images placées l'une à côté de l'autre , et entourées d'un épais brouillard. M. J. Cloquet

62 TRAITE

introduisit une aiguille de deux pouces de lon- gueur, et obliquement d'arrière en avant, dans la région temporale droite. L'opération fut à peine douloureuse; et, au bout de dix minutes, à notre grand étonneraient, la malade n'éprouvait presque plus de douleurs dans la tête ni dans l'orbite. Les paupières étaient moins contractées , et l'expres- sion de la face beaucoup plus calme. Cinq mi- nutes après, les paupières s'ouvraient librement; la malade voyait beaucoup plus distinctement ; la vue n'était plus que double, et les images en- veloppées d'un nuage léger ; le strabisme était beaucoup moins prononcé. Une demi - heure après l'introduction de l'aiguille , les douleurs avaient entièrement disparu ; il n'y avait plus de strabisme ; les paupières n'étaient plus contrac- tées; les objets étaient vus simples et très- dis- tinctement. L'aiguille fut encore laissée dix mi- nutes, et lorsqu'on la retira, il ne s'écoula pas une goutte de sang. Nous avions perdu la malade de vue , lorsque deux mois et demi après elle vint à l'hôpital Saint-Louis pour remercier M.Clo- quet. Aucun symptôme de sa première affection n'avait reparu, et cette pauvre femme se portail parfaitement bien.

DE L'ACUPUNCTURE.

?5e Observation, (communiquée par M. Devergie , chinur- gién-major, démonstrateur à l'iiôpî tal militaire du Y..Î-

de-Grâce). Douleurs rhumatismales.

Un soldat du 7e de ligne se plaignait de dou- leurs rhumatismales dans la cuisse droite, surfout à la partie externe, existant depuis une quinzaine de jours : deux aiguilles de deux pouces et demi , laissées seulement une demi-heure, ont fait dis- paraître sans retour ces douleurs.

Un fait à peu près semblable a eu lieu (salle 24 , lit 5q) sur un jeune militaire à qui il n'a fallu que deux piqûres pour être entièrement débar- rassé.

16e Observation , ( communiquée par M. Devergie ) : Dou- leurs rhumatismales .

Un sergent-major au 8e régiment de ligne. (Mi- tre à l'hôpital portant des chancres et un bubon . fut pris, en tournant l'articulation , d'une douleur scapulo-humérale , qui depuis quelques jours l'empêchait d'exécuter les mouvemens ordinai- res ; trois aiguilles plongées dans le deltoïde, et laissées en place une demi-heure, suffirent pour le débarrasser entièrement de sa douleur et ramener les mouvemens à leur liberté ordi-

64 TRAITÉ

17e Observation (communiquée par M. Devergie) : Dou- leurs rhumatismales .

Le nommé Delage, infirmier au même hôpital , se plaignait depuis vingt jours d'une douleur dans l'articulation huméro-cubitale , augmentant par les mouvemens et par la pression. Le séjour d'une aiguille pendant sept à huit minutes dans le muscle épitroclo-radial suffit pour la faire disparaître complètement. Quinze jours se sont écoulés de- puis cette opération sans récidive.

18e Observation (communiquée par M. Devergie ) : Hémicranie.

Une dame âgée de 26 ans fut atteinte, le 1 5 jan- vier 1826, d'une gastro- bronchite, qui fut faci- lement enlevée par les moyens antiphlogistiques. Le 19 tous les symptômes avaient disparu, à l'ex- ception d'une hémicranie très-violente, qui ayant résisté aux pédiluves chauds , ne lui laissait pas un instant de repos. Le 20 au soir, une aiguille fut introduite dans la région temporale gauche, siège du mal, entre la peau et l'aponévrose; quatre minutes après , la douleur s'étant portée vers le milieu du front, la malade demanda l'in- troduction d'une autre aiguille dans la partie dou-

DE L'ACUPUiNCïLRE. <;;,

loureuse , ce qui eut lieu avec le succès le plus complet dans l'espace de trois minutes. Elle jouit alors d'un sommeil dont elle était privée depuis trois nuits. Il n'y a point eu de récidive.

19e Observation : Ophthalmie très douloureuse , (com- muniquée par M. le docteur Bonpard).

Le 6 décembre dernier, le nommé Schmit, chapelier, se présenta chez moi avec une ophthal- mie violente à l'œil gauche : la conjonctive était boursoufïlée et d'un rouge foncé. Le malade disait éprouver des douleurs intolérables dans toute la région orbitaire, mais particulièrement sur la bosse frontale. Cet homme réclamait avec instance du soulagement ; ses douleurs étaient des plus vives ; il se sentait, disait- il, incapable de les supporter plus long -temps, et il était décidé à mettre un terme à son existence, si je n'apportais du re- mède à son mal. Je calmai d'abord son mo- ral, et je lui proposai l'acupuncture comme le moyen le plus efficace pour faire cesser ses souffrances. Les bons effets obtenus à Saint- Louis par M. J. Cloquet , dans des cas de dou- leur inflammatoire , m'autorisaient à lui don- ner en quelque sorte cette assurance. Je pris une aiguille ordinaire , je lui fis une tête en cire, et j'en portai la pointe vis-à-vis de la partie

66 TRAITE

externe gauche de l'arcade sourcillière. Après l'avoir enfoncée à peu près de toute l'épaisseur de la peau, je la dirigeai de gauche à droite, et je la fis pénétrer ainsi de dix-huit à vingt lignes. Peu de temps après l'introduction de l'aiguille, la douleur parut prendre beaucoup d'intensité. Cinq minutes après son introduction , Schmit me dit qu'il ressentait une sorte d'engourdisse- ment dans les parties occupées par la douleur ; plusieurs bâillemens successifs eurent lieu ; le malade s'est endormi. Après une heure de som- meil , il se réveille , et ne ressent pas la plus légère douleur, seulement une gêne pour clore les paupières. Douze sangsues à l'anus furent mises le soir même , et six jours suffirent pour que la conjonctive reprît sa couleur ordinaire.

Schmit ne put rester long-temps sans se livrer à ses habitudes , il recommença à boire ; la dou- leur reparut, moins vive que dans le principe, et céda à l'application d'une nouvelle aiguille. Le malade a repris ses travaux dix-huit jours après la première acupuncture , et jouit aujour- d'hui , 1 2 juillet , d'une santé parfaite.

DE L'ACUPUNCTURE. 67

20* Observation : Rhumatisme musculaire , (communi- quée par M. le docteur Bonpard).

Une daine âgée de trente ans , demeurant rue du Cadran, éprouvait depuis six mois des douleurs intolérables dans l'épaisseur des del- toïdes ; cependant l'embonpoint n'était pas di- minué ; l'appétit était bon , et toutes les fonc- tions s'exécutaient parfaitement ; seulement la malade ne pouvait se servir de ses bras sans aug- menter ses souffrances. On n'observait aucun gonflement, aucune rougeur. Des frictions faites avec le liniment ammoniacal et addition de lau- danum liquide , ne procurèrent aucun soulage- ment ; d'ailleurs la malade ne s'y soumettait qu'avec répugnance. Elle consent à l'opération de l'acupuncture. Je place une aiguille dans l'é- paisseur de chaque deltoïde ; cette opération n'apporte aucune amélioration ; deux heures s'é- coulent dans une attente infructueuse ; alors je me fis apporter du fil de laiton, des vases rem- plis d'eau. Je disposai une extrémité du laiton de manière à pouvoir l'accrocher à l'aiguille , tandis que l'autre bout trempait dans l'eau char- gée de muriate de soude. Aussitôt il survint de l'engourdissement dans toute l'étendue des ex- trémités thorachiques. Cet engourdissement

5.

68> TRAITÉ

abandonna les mains , et successivement les avant -bras, les bras eux-mêmes, et persista quelque temps aux environs de la piqûre, qui était entourée d'une auréole rosée d'un pouce d'étendue. Les aiguilles restèrent près de cinq heures; en les retirant, elles étaient oxydées. La malade n'a plus souffert depuis le 10 février, époque l'opération lui a été pratiquée, jusqu'à ce jour, 14 juillet 1825.

21e Observation : Rhumatisme aigu du cou , (communi- quée par le docteur Toirac).

Madame Lancel, âgée de 28 à 00 ans, n'avait jamais eu de rhumatisme. Dans la nuit du 12 fé- vrier 1825, elle fut réveillée par une douleur ex- trêmement vive au cou. Ses plaintes réveillèrent bientôt toutes les personnes de la maison. Quand le jour parut, elle ne pouvait exécuter aucun mouvement, ni endurer le contact le plus lé- ger, sans éprouver des souffrances intolérables.

Appelé le matin près de la malade, je recon- nus un rhumatisme aigu qui occupait particuliè- rement le muscle sterno-mastoïdien.

Une aiguille fut introduite perpendiculairement à la partie moyenne de ce muscle, dans le point que la malade m'indiqua comme le plus doulou- reux. Au bout de quelques instans un soulage-

DE L'ACUPUNCTURE. Go,

ment sensible se manifesta, mais il fat de courte durée ; la douleur sembla se porter un peu plus haul avec plus d'intensité. Une deuxième acupuncture fut faite à deux pouces de la première . dans la direction du muscle mentionné.

Quatre heures après je revis la malade. Elle souffrait moins , quoiqu'elle souffrit cependant encore beaucoup; mais à peine les aiguilles, que j'avais introduites à un pouce et quelques lignes de profondeur, furent-elles enlevées, que le visage de la malade, se peignaient les plus grandes souffrances, changea d'expression : ses yeux de- vinrent brillans; un sourire de contentement et de bien-être intérieur annonça un soulagement que j'étais bien loin d'attendre.

Un quart d'heure après que les aiguilles lu- rent retirées, elle put mouvoir le cou, se mettre sur son séant, et même se lever et s'habiller. Le soir il ne restait qu'un peu de roideur dans les mouvemens de la tête. La malade se coucha à son heure ordinaire, dormit bien, et fut en- tièrement guérie le lendemain.

22e Observation : Odontalgie , (communiquée par le doc- teur Toirae).

Le nommé Joseph, commissionnaire, est venu chez moi le 20 décembre 182J. pour se faire

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extraire la première grosse dent molaire du côté droit de la mâchoire inférieure. Depuis trois jours il v éprouvait de grandes douleurs. Cette dent me parut peu gâtée, mais assez cependant pour me déterminer à l'extraire, si je n'avais pas eu l'intention de tenter l'acupuncture.

J'introduisis donc perpendiculairement une ai- guille (1) dans l'épaisseur de la gencive, dans le point compris entre la deuxième petite molaire et la grosse molaire, siège principal du mal.

La douleur au bout de quelques instans dispa- rut entièrement et alla subitement se porter vers le cuir chevelu près de la suture frontale, je la poursuivis par une deuxième acupuncture . qui la fit cette fois disparaitre entièrement. Je main- tins les aiguilles attachées une bonne demi- heure.

Le malade, que j'ai occasion de voir tous les jours, n'a plus ressenti de douleurs, si ce n'est une fort légère le lendemain matin . mais elle n'a duré qu'une minute ou deux et s'est dissipée seule.

(i) Afin de n'être pas oblige de maintenir la bouche ouverte par le moven du doigt , quand on agit sur les gencives qui bordent les molaires, j'ai construit des aiguilles longues seulement d'une ligne ou deux- elles se terminent par une spirale à laquelle on peut adapter un conducteur en fil métallique. On peut aussi y adapter un fil quelconque pour fixer l'aiguille à une dent voisine, quand on veut îa laisser à demeure plus ou moins de temps.

DE L'ACIPIACTURL. 71

%y Observation : Odonlalgie , ( communiqués pur !«• <lor- teur Toirac).

La nommée Aimette . âgée de 19 ans, éprou- vait depuis quelques jours des douleurs vives vers la première dent grosse molaire du côté gauche de la mâchoire inférieure. Cette dent n'était pas cariée. Ces douleurs se propageaient dans toute la joue de ce côté jusqu'à l'oreille. La mastication était devenue impossible. Les gencives étaient pâles.

Lne aiguille fut introduite dans la gencive près de la dent. Un instant après , la douleur disparut à la dent et vers la région de l'oreille. Les mou- vemens de la mâchoire étant encore douloureux , j'introduisis une autre aiguille dans l'épaisseur du muscle masséter ; et bientôt la malade put mouvoir ses mâchoires sans douleur. Au bout dune heure et demie d'acupuncture, l'affection avait entièrement disparu.

Le lendemain , la malade a ressenti une dou- leur vague , légère , qui s'est dissipée dans la nuit suivante.

Aujourd'hui, vingtième jour depuis la guéri- son , il n'est survenu aucune douleur.

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2^e Observation : ISèvralgie faciale, (communiquée par le docteur Toirac;.

Madame..., âgée de 40 à zp ans, dune taille plus qu'ordinaire, d'une constitution sèche et éminemment nerveuse , était , depuis dix-huit mois , affectée d'un tic douloureux de la face , dont les accès avaient régulièrement lieu deux fois dans les vingt-quatre heures , pendant quel- ques jours ; ils deven^^nt ensuite irréguliers , en changeant d'heure utilement , sans que pour cela il y eût diminution dans leur nombre ; puis , la malade restait sans souffrir pendant trente- six, quarante heures , quelquefois trois jours de suite , lorsqu'on lui administrait un médicament convenable et auquel elle n'était point accou- tumée.

Ainsi le quinquina, le sulfate de quinine, les pilules de Méglin, les frictions, les adoucissans etlesantiphlogistiques, avaient tour à tour et plus d'une fois suspendu les accès; mais ils revenaient, après les temps indiqués plus haut, malgré la continuation des mêmes moyens.

Lorsque je la vis (le 2^ janvier 1826), la douleur avait pris un type régulier , et je m'em- pressai , malgré la répugnance de la malade , à employer l'acupuncture,

DE L'ÀCUPUNCTl RE. :5

( ne seule aiguille fut introduite dans la i moyenne du muscle zygoinato-labkil . endroit désigné par la malade comme le point le plus douloureux.

La douleur augmenta pendant cinq minutes , et détermina une sensation de chaleur que la malade n'avait encore jamais éprouvée ; elle l'as- simila à un jet de feu qui traverserait ta joue. Au bout de six à sept minutes, la douleur dimi- nua, et dix ou douze minutes après, elle n'é- prouvait plus rien. L'aiguille resta en place à peu près deux heures un quart. Toute la partie qui avait pénétré était oxidée.

Aujourd'hui, c'est le quinzième jour depuis la guérison , et il est à remarquer que la malade n'avait jamais joui d'un repos aussi long depuis l'invasion de la maladie.

25e Observation : Névrlagie de la face , (commun iqucV par le docteur Toirae ,

Sophie Barbot . âgée de 02 ans, était affectée depuis trois mois d'une névralgie continue , qui occupait alternativement le côté droit de la face, du cou et du cuir chevelu.

Cette malade avait été soumise par le docteur Boutin , avec toute la sagacité qu'on lui connaît .

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à divers traiteinens , sans pour cela qu'on eût obtenu de soulagement bien marqué. Soupçon- nant alors que la maladie pouvait être entretenue par quelques dents gâtées, il me l'adressa le 22 janvier de cette année.

Je fis avec soin l'inspection de sa bouche, qui ne m'offrit rien qui pût m'y faire présumer la cause du mal; dès lors, je ne balançai pas à la soumettre à l'acupuncture.

La douleur occupait dans ce moment tout le côté droit de la face. Une première aiguille fut enfoncée dans la partie moyenne de la joue , de manière à ce que la pointe fut dirigée vers l'ori- gine du nerf facial, \oici ce qui eut lieu :

Engourdissement de la douleur, qui semble se porter vers la région temporale. Peu d'instans après , elle se dissipe entièrement à la face , et se fixe sur le muscle antérieur de l'oreille , que bientôt elle abandonne, après avoir été poursuivie par l'introduction d'une nouvelle aiguille. La dou- leur monte peu à peu, se porte sur le cuir chevelu, je fais une troisième piqûre. Elle quitte brus- quement cet endroit , et va enfin se fixer au cou, près de l'angle de la mâchoire , je la sou mets encore à une quatrième et dernière acu- puncture.

Au bout d'un quart d'heure , disparition to-

DE L'ACUPUNCTURE. 75

taie de la douleur dans toutes les régions , et h malade me dit que c'est la première fois depuis trois mois qu'elle ne souffre pas.

Les aiguilles ne sont restées en place que trois quarts d'heure.

Sophie Barbot . en sortant de chez moi , fut retrouver le docteur Boutin pour lui annoncer l'heureux changement qui venait de s'opérer en elle.

La douleur depuis n'a pas reparu.

26e Observation : Epilepsie , (communiquée par le docteur Toirac).

Mademoiselle À. G***, jeune et jolie personne, âgée de 20 ans, est épileptique depuis l'âge de i3 ans , par suite d'une grande frayeur.

Les accès dans le principe étaient fort éloignés les uns des autres ; peu à peu ils se sont rappro- chés ; maintenant ils ont lieu régulièrement tous les deux mois.

La malade a été soumise par des praticiens forl distingués , mais inutilement , à une foule de traitemens.

Comme prodrome à l'accès , il se manifeste quelque malaise , et plusieurs jours avant qu'il ait lieu, une très-vive douleur au sein droit . à deux pouces externes du mamelon. Cette dou-

76 TRAITE

leur, qui ne se dissipe qu'après la crise , lui fait prendre , ainsi qu'à ses parens , toute espèce de précautions pour éviter les accidens qui ré- sultent , malheureusement trop souvent , des chutes horribles qu'elle a plus d'une fois faites éloignée de tout secours.

Quand je vis la malade, le 3 février de cette an- née (1825), elle éprouvait les- symptômes dont j'ai parlé. Je soumis le sein douloureux à l'acupunc- ture : l'introduction de l'aiguille produisit , d'a- près l'aveu de la malade , une sensation plutôt agréable que pénible , chose qu'on remarque quelquefois , lorsqu'on agit sur un endroit très- vivement affecté. La douleur disparut presque subitement, et n'a pas reparu depuis : l'aiguille n'est restée en place qu'une demi-heure.

Certes, il serait ridicule de penser que la ma- ladie est guérie ; mais cette opération a eu pour résultat, bien certainement, d'avoir éloigné l'accès et enlevé une douleur qui effrayait la malade ; douleur qui lui rappelait continuellement que l'orage se formait sur sa tête , et qu'il allait écla- ter. Son air sombre est devenu plus serein, et une lueur d'espérance a remplacé dans son cœur le cruel désespoir auquel elle s'abandonne tou- jours à l'approche du moment fatal.

DE L'ACUPUNCTURE. ::

•j.r}« Observation : Goutte, (communiquée par le docteur

Toilisc;.

M. Dupuy, d'une forte constitution, un peu replet, propriétaire, boulevard Bonne-Nouvelle^ 5i , à Paris, sujet à la goutte , en eut un accès dans le mois d'août 1824. ïl fut soumis à un trai- tement entièrement antiphlogistique : il estime à six cents le nombre des sangsues qui lui furent appliquées. L'accès passa ; mais il se sentait niai guéri, m'a-t-il dit. Effectivement, j'eus occasion de le voir à cette époque, et il ne marchait pas sans difficulté.

Dans les premiers jours de décembre suivant il fut obligé de s'aliter pour de nouvelles dou- leurs de goutte. Le pied, la jambe et le genou se tuméfièrent. Un traitement analogue au précé- dent fut encore mis en pratique : trois ou quatre cents sangsues, appliquées dans l'espace de douze ou quinze jours, ne produisirent pas de soulage- ment marqué. Le 2 1 décembre , le malade souffrait beaucoup ; le membre était tellement sensible , que la moindre pression y déterminait des douleurs atroces , et la laine dont il était en- veloppé lui devenait insupportable A ingt sangsues furent encore appliquées ce jour-là.

Le lendemain , 22. décembre, le malade étant

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dans le même état , son médecin le soumit à l'a- cupuncture à une heure. Deux aiguilles furent enfoncées horizontalement dans -la longueur du coude-pied , l'une à la partie externe , l'autre à la partie interne. Aussitôt qu'elles furent en place , le malade put poser le pied sur le sol et lui im- primer de légers mouvemens. A cinq heures, les aiguilles furent retirées, dès lors le malade put marcher. Le genou resta douloureux encore quelque temps . mais d'une manière très-suppor- table. La nuit qui suivit l'opération, le malade put se livrer à un sommeil tranquille , chose dont il était privé depuis long- temps. Peu à peu le membre a repris son volume naturel ; et, M. Du- puy, qui se plaît à raconter cette espèce de guérison, qui semble tenir du merveilleux, jouit de la santé la plus parfaite, aujourd'hui, i5 jui- let, septième mois depuis l'emploi de l'acupunc- ture.

DE L'ACUPUNCTURE. :9

2* SÉRIE D0BSERVAT1QN&

Elle cenfermc les cas deux ou trois acupuuctures ont suffi noue la cure radicale de la maladie.

28e Observation : Névralgie sciatique.

Le noininé Hubert (Jean), âgé de 02 ans, an- cien militaire, actuellement jardinier, d'une con- stitution lymphatico-nerveuse, se présenta le 22 novembre 1824 à la consultation chirurgicale de Saint-Louis. Il avait éprouvé quatre ans auparavant, dans les membres inférieurs, des douleurs légères qui cédèrent à des bains de vapeur ; mais depuis dix mois, il ressentait des douleurs vives, lanci- nantes, dans toute la longeur du membre infé- rieur gauche, suivant le trajet des nerfs sciatique et poplité externe. Lorsque le malade était assis, c'était surtout dans la cuisse qu'elles se faisaient sentir ; s'il se couchait , elles devenaient plus vives autour de la malléole externe; d'ailleurs c'était en général au lit qu'elles étaient le plus vives , et alors accompagnées d'un sentiment de froid. (Le malade, étant militaire, avait eu un commencement de congélation du pied gauche.) Depuis quelques jours, les douleurs, devenues continuelles, l'avaient obligé de suspendre ses tra- vaux. Les bains ne produisant aucun soulagement,

8o TRAITÉ

le malade vint trouver M. J. Cloquet, qui intro- duisit une aiguille d'acier au-dessus de la malléole externe. Au bout de deux minutes, un cercle rou- gelitre se dessina autour de l'aiguille; le malade nous dit s'apercevoir que ses douleurs dimi- nuaient. 11 commença à remuer ses doigts de pied, ce qu'il ne pouvait faire auparavant. Cependant le sentiment de froid existait encore. Hubert nous avertit alors « qu'il sentait sa douleur monter vers la cuisse, elle s'était, pour ainsi dire, accumulée. » Aussitôt M. J. Cloquet intro- duisit une aiguille dans le point le plus doulou- reux, vers la partie externe et inférieure de la fesse : douze minutes environ après la pre- mière acupuncture, il se manifesta dans tout le membre un sentiment de chaleur, qui fut aus- sitôt suivi d'une sueur abondante de ce côté du corps seulement. Immédiatement après , le malade put marcher tout aussi facilement que dans l'état sain. Il n'éprouvait même pas le moindre engour- dissement. Revenu quatre jours après, Hubert nous dit que le 22 , en rentrant chez lui , il étonna tous ses camarades quand ils le virent prendre la bêche pour aller travailler. Ce n'est qu'après deux jours de fatigue qu'il survint au-dessus de la malléole externe un fourmillement incommode, qui ne l'empêchait pas, au reste, de travailler. Il n'était rien revenu à la cuisse. Une aiguille fut in-

DR L'ACIW v;ti RE. troduite au-dessus de la malléole externe. Le

fourmillement, qui diminua au bout de quatre minutes , ne tarda pas à disparaître entière* ment. Tous les mouvemens du membre de- vinrent extrêmement faciles, mais le sentiment de froid persista. Vingt jours après les douleurs n'avaient point reparu.

29e Observation : Roideur articulaire, suite de contusion.

Le nommé Paquier (Jean), âgé de 45 ans, ser- rurier, éprouvait, à la suite d'une chute qu'il avait faite six semaines auparavant sur l'épaule droite, une telle roideur dans cette articulation, qu'il ne pouvait exécuter aucun mouvement avec le membre correspondant , qu'il tenait d'ailleurs en écharpe. Des applications émollientes et des fric- tions irritantes avaient été sans effet. Le 22 no- vembre 1824, M. J. Cloquet introduisit une ai- guille d'argent vers le bord supérieur du muscle trapèze, point le plus douloureux. Au bout de quatre minutes, les fibres de ce muscle aupara- vant contractées, tendues, devinrent souples. Au bout de six minutes le malade se servit aussi bien de son membre qu'avant sa chute. Il levait la main au-dessus de la tête, et faisait facilement exécuter au membre tous les mouvemeiis possibles. En rentrant chez lui , il se mit à travailler, et ce n'est

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que le 2 5 qu il survint une légère douleur à la même épaule : encore le malade l'attribuait-ii à des fatigues extraordinaires. Le 26, M. J. Cio- quet introduisit une nouvelle aiguille à* la partie antérieure de l'épaule (c'était l'endroit le plus dou- loureux) : au bout de quatre minutes, la douleur indépendante de celle de l'aiguille disparut entiè- ement; au bout de six minutes on retira l'aiguille, le malade exécuta les mouvemens les plus éten- dus du bras sans éprouver aucune gêne. Nous ne l'avons pas revu depuis.

3oe Observation : Gastrodrnie, (recueillie parM. Dronsart, dans les salles de M. Fouquier à l'hôpital de la Charité, et communiquée à M. J. Cloquet).

Un jeune homme entré à l'hôpital de la Charité dans la première quinzaine de novembre dernier. y était traité par M. Fouquier depuis quelque temps pour une gastrodjnie. Lorsque je le vis pour la première fois , dans le mois de décembre , la douleur épigastrique était à peu près passée; mais il lui en restait dans le flanc droit une assez vive , qui augmentait par la pression et par les irïouvemens de flexion du tronc. À ces signes presque caractéristiques, et surtout à l'absence de tout autre symptôme d'inflammation intérieure, M. Fouquier prononça qu'elle était rhumatis-

DE L'AGI PUWCT1 RE. 85

maki, et sur mon observation que c'était le cas

d'essayer l'acupuncture, il me permit de l;i pra- tiquer.

Après m'être assuré du point le plus doulou- reux, j'y enfonçai une aiguille à la profondeur de quatre à cinq lignes , suivant la méthode de M. J. Cloquet , sans toutefois établir de conduc- teur : l'introduction ne fut que modérément dou- loureuse : le malade fit un petit cri; il m'a avoué depuis, que la peur plutôt que le mal lui avait arraché ce cri. Dix minutes après, il me dit que la douleur primitive était tout-à-fait passée , et que quant à celle de la piqûre elle était fort supportable. L'aiguille manifestement oxidée fut relevée au bout d'un quart d'heure , et la dou- leur rhumatismale était complètement dissipée.

Elle n'avait pas reparu, ni le lendemain ni le surlendemain, mais le troisième jour le malade nous dit à la visite qu'il l'avait ressentie, beau- coup moins vive, à la partie inférieure et interne du point piqué. M. Fouquier m'ayant autorisé à faire une seconde acupuncture, je la pratiquai sur-le-champ; mais cette fois j'établis un conduc- teur. J'ôtai mon aiguille une heure environ après son introduction , et il me dit qu'il ne sentait plus rien.

Depuis, ce jeune homme n'a rien éprouvé ni

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84 TRAITÉ

dans le flanc ni autre part, et il est sorti de l'hô- pital le 10 janvier.

3 Ie Observation : Névralgie temporo-maxillaire.

La nommée Boileau (Victoire), âgée de 5i ans, éprouvait depuis trois mois des douleurs très- vives , lancinantes, à la région temporo -maxil- laire gauche, ainsi qu'aux dents de ce Coté. Ces douleurs, qui avaient commencé à l'occiput, s'étaient étendues de jusqu'aux dents; elles étaient continuelles , et présentaient de temps en temps des redoublemens. Elles augmentaient par la pression et par les mouvemens de la mâ- choire ; la nuit elles troublaient le sommeil, ou l'empêchaient même complètement. Le s3 no- vembre 1824, M. Jules Cloquet introduisit une aiguille dans la portion du muscle sterno-mastoï- dien voisine de l'oreille , se trouvait à peu près le centre des douleurs. Au bout de quatorze minutes, celles-ci avaient disparu. Une restait plus que de l'engourdissement, qui cessa au bout de vingt minutes environ, c'est-à-dire quand on re- tira l'aiguille. Les mouvemens de la mâchoire s'exécutèrent sans douleur. La pression n'était plus pénible. Le 2^, la douleur revint au-devant de l'oreille , mais bien moins forte qu'auparavant et se bornant à cet endroit. Du reste, elle n'avait

MB L âCl l'i \(.i i i pas empêché la mala< iter les dom eui 8

du sommeil. Cornue elle exûtaîl encore le M. J. Cloquet introduisit une aiguille dans1 adroit affecté. Deux minutes après l'opéra- tion, il se développa une auréole erythémateuse autour de l'aiguille; la douleur erra dan- les répons voisines de l'aiguille. Au bout de seize mi- nutes les légers élancement furent remplaces pai de l'engourdissement; on retira l'aiguille vingt minutes après son introduction, et cet engour- dissement était lui-même dissipé. La pression ni les mouvemens de la mâchoire ne développaient plus de douleurs.

32e Observation : Contusion de la poitrine.

Le nommé Bienvenu (Pierre -llene |, âgé de 3*] ans. d'une constitution lymphatique, entra le novembre 1S24 à l'hôpital Saint-Louis poui v èlre traité d'une forte contusion du côté gauche de la poitrine. On appliqua aussitôt sur le 1 malade huit ventouses scarifiées et des cataplasmes émolliens qui soulagèrent le malade. Mais le une douleur de côté. vive, lancinante, rendait Ja respiration difficile, la toux très-douloureuse, et le décubitus sur le côté sain impossible : les se- cousses de la marche augmentaient les élancement douloureux; il n'y avait presque pas d'expectora-

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tion. Les cataplasmes étant alors sans effet, M. Jules Cloquet introduisit une aiguille dansle point dou- loureux, de manière à s'approcher le plus pos- sible de la plèvre, sans cependant pénétrer dans la cavité thorachicpie (On n'y adaptapoint de conduc- teur). Au bout de deux minutes, douleur plus vire à l'endroit de l'aiguille; auréole érvthéma- teuse très-prononcée. Au bout de trois minutes, respiration plus facile et toux moins douloureuse. Le malade put se coucher sur le côté sain. La marche fut moins pénible. Le 27. le malade res- sentait àpeinede la douleur. Le 28. la respiration devint plus difficile. Le 29. il se manifesta vers la région lombaire une douleur vive et qui aug- mentait tellement par la toux . qu'elle arrachait des cris. Le malade ne pouvait se remuer dans son lit sans les plus vives souffrances. M. Jules Cloquet introduisit alors une aiguille à la partie supérieure des lombes. Au bout de quatre mi- nutes, respiration plus facile; mêmeroideur lom- baire ; auréole rougeâtre très-prononcée. La dou- leur de l'aiguille alla en augmentant jusqu'à douze minutes après cette seconde acupuncture,; l'ai- guille fut retirée, et alors il n'existait plus ni dif- ficulté de respirer, ni douleurs ni roideur dans les lombes. Pendant la nuit il y eut un peu de fièvre (il s'était fait par le rectum un écoulement sanguinolent, précédé de fortes coliques et.de

DE L'ACUPUNCTURE. 87

chaleur dans tout le bas-ventre.) Le 5o au matin , la douleur de côté reparut, mais bien moins in- tense, et elle alla en diminuant jusqu'au lende- main, où elle disparut entièrement. Le 4 dé- cembre , le malade sortit parfaitement guéri.

33e Observation : Contusions récentes.

Le nommé L apprêté (Vincent) , âgé de 56 ans, carrier, d'une constitution vigoureuse, entra le 2 5 novembre 1824 à l'hôpital Saint-Louis, pour y être traité de fortes contusions du côté gauche du tronc et delà hanche droite. La veille, il était tombé par une trappe d'environ quinze pieds de hauteur. Examiné attentivement, voici l'état dans lequel nous le trouvâmes : respiration difficile , marche sans douleur, mais toux extrêmement pénible. Le repos du lit mettait le malade dans un tel état qu'il ne pouvait plus remuer. La pres- sion était si douloureuse à l'hypocondre gauche, qu'elle arrachait des cris. Lesmouvemensde torsion du tronc étaient impossibles ainsi que 1 e bâillement ; la face était animée, le pouls fort et fréquent. M. J. Cloquet introduisit une aiguille à l'hvpocondre gauche. Au bout de deux minutes, la re piration de- vint plus libre, mais la toux occasionait les marnes souffrances. On fit une deuxième acupuncture près de la première , dans le point le plus dou

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ioureux. Trois minutes après , le malade fit sans douleur divers mouvemens du tronc pour se redresser. A la septième minute , la pression était moins douloureuse, il n'y avait encore qu'une légère auréole autour de la première aiguille. A la dixième , la respiration était plus large , la toux , l'expectoration et le bâillement prolongé ne dé- veloppaient plus aucune douleur , le malade se leva sans peine sur son séant ; au bout d'un quart d'heure les aiguilles furent retirées, et la pression n'était plus pénible. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les douleurs de la hanche droite, moins fortes à la vérité, disparurent également. Le 27, comme il était revenu une légère douleur à la partie postérieure gauche du thorax (elle n'était vive que quand le malade voulait se lever sur son séant), on y introduise: une aiguille; au bout de deux minutes , l'auréole était formée ; après six minutes, la toux, la pression, les efforts du malade pour se redresser ne développèrent plus de douleur. Lappreté se plaignit alors de pe- santeur de tête ; M. Cloquet, ayant égard à sa force, lui fit faire une saignée de deux palettes, quoique tous les symptômes du côté de la poitrine eussent complètement disparu. Le 28 , le malade était parfaitement rétabli , et le 5 décembre il sortit de l'hôpital.

DE L'ACUPUNCTURE.

34e Observation : Névralgie acialinuc.

Le nommé Plauson (Augustin), âgé de 4<* ans, bijoutier, avait éprouvé il y a un an, à la jambe droite, des douleurs qui s'étendirent en- suite jusqu'à la cuisse, elles s'étaient depuis maintenues plus fortes. Des bains de fumiga- tion avaient été sans effet. Des frictions camphrées, loin de diminuer les douleurs , les avaient exas- pérées. La souffrance était telle depuis trois jours. que le malade ne pouvait se baisser; la nuit il ne pouvait dormir. La pression était très - dou- loureuse, l'articulation du pied immobile, et la marche très-pénible. M. J. Cloquet intro- duisit, le i5 décembre 1824, une aiguille dans le point douloureux de la cuisse droite. Au bout de dix minutes les douleurs lancinantes diminuèrent à cet endroit ; mais celles du mollet devinrent plus vives ; on y introduisit une aiguille : vingt mi- nutes après l'introduction delà première aiguille, soulagement considérable à la cuisse et au mollet. Au bout d'une demi-heure, les aiguilles étant re- tirées, les mouvemens de l'articulation du pied s'exécutèrent facilement , les douleurs de la cuisse et de la jambe avaient entièrement disparu . le malade se baissa et se redressa facilement ; le soir il dormit parfaitement. Le lendemain cepen-

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dant il ressentit une légère douleur à la cuisse et au mollet; quant à celle du pied, elle n'avait pas re- paru. 0 n introduisit alors une aiguille dans la cuisse . Cette aiguille fut retirée au bout d'une heure, et le malade put marcher sans aucune gêne. La pres- sion même était devenue tout-à-fait insensible. Nous n'avons plus revu le malade.

35e Observation : Affection rhumatismale.

La nommée Jubier ( Marguerite ) , âgée de 47 ans, éprouvait depuis huit mois, sans causes connues, des douleurs au genou droit, d'où elles se portèrent au bras droit, qu'elles quittèrent ensuite pour aller au bras gauche. Depuis deux mois, ces douleurs occupaient les deux bras. Des bains de vapeur les avaient un peu diminuées. Le i4 décembre 1824, elles étaient plus vives au bras gauche. Les mouvemens de flexion de l'a- vant-bras se faisaient bien, mais la malade ne pouvait porter la main au front ni derrière le dos. La nuit elle dormait à peine, même en se cou- chant sur les endroits douloureux, quoique cette précaution la soulageât autrefois. Le moindre choc imprimé au bras occasionait une vive dou- leur. M. Jules Cloque t introduisit une aiguille dans le point le plus douloureux, sans y adapter de conducteur. Au bout d'une demi-heure, chan-

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geauent à peine sensible. Au bout d'une heure , kl malade put porter la main au front, mais stèd peine; un instant après, elle la porta derrière le dos. L'aiguille étant retirée au bout d'une heure et demie , les mouvemens du membre devinrent bien plus faciles; il ne se manifestait plus de dou- leur par le choc. Le 18, l'état du bras gauche était plus satisfaisant encore ; seulement quand 1 a malade soulevait le moindre fardeau , elle sentait une douleur vive à l'articulation huméro-cubitale. Une aiguille fut alors introduite dans cette partie : au bout dune demi-heure l'aiguille fut retirée, et les douleurs avaient totalement disparu. La ma- lade souleva une table devant nous sans éprouver la moindre sensation désagréable.

36e Observation : Névralgie sciatique.

Le nommé Colas (Pierre), âgé de ^2 ans, ou- vrier, d'une forte constitution, éprouvait depuis cinq ans des douleurs au genou droit. Depuis trois semaines, de nouvelles douleurs plus fortes s'étaient manifestées à la partie supérieure de la fesse droite , d'où elles s'étendirent le long de la partie externe de la cuisse et de la jambe, jus- qu'au pied. Ces douleurs étaient vives et conti- nuelles; elles augmentaient par la pression, et avaient forcé !e malade à suspendre ses tra-

92 TRAITÉ

vaux. En effet , il ne pouvait marcher qu'avec un bâton ; il pouvait à peine rester assis , et ne se baissait qu'avec la plus grande difficulté. Leao, dé- cembre 1824, M. J. Cîoquet introduisit deux ai- guilles, lune dans la partie supérieure de la fesse, et l'autre dans sa partie moyenne (on n'y adapta point de conducteur). Auboutdedixminutes, sou- lagement considérable; un instant après, la dou- leur de la jambe disparut entièrement ; les mouve- mens de flexion et d'extension de la jambe devinrent extrêmement faciles. Le malade resta une heure assis sans éprouver de sensation pénible ; il se leva alors, et quoiqu'il portât encore les aiguilles, il marcha et se baissa facilement. Les aiguilles fu- rent alors retirées. Le lendemain, les douleurs revinrent à la jambe seulement, mais aussi vives qu'auparavant. Une aiguille y ayant été intro- duite, elles disparurent entièrement au bout d'un quart d'heure. La marche, la position assise, ni la pression , n'occasionaient plus la moindre sen- sation pénible. Nous n'avons pas revu le malade depuis.

Cette cure s'est opérée sous les yeux de M. Am- père, membre de l'Institut, et de M. le docteur Edwards.

DE LACUPUINCTLPvi:. <f>

3ne Observation : Rhumatisme de la cuisse.

Le nommé Florimond Froidure , âgé de 22 ans, garçon d'écurie, éprouvait depuis trois semaines, à la fesse droite et à la partie supérieure et externe de la cuisse du même côté, une dou- leur vive qui augmentait par la marche et la pres- sion. La moindre fatigue produisait de l'enflure dans les pieds. Le 28 novembre 1824, M. Jules Cloquet introduisit deux aiguilles; l'une à la fesse et l'autre à la cuisse. Au bout de cinq minutes, auréole très -prononcée ; plus de douleur à la fesse. Le malade ayant alors accusé une douleur au mollet de l'autre côté, on y introduisit une aiguille qui la fit disparaître au bout de quelques minutes. Au bout de quinze minutes , on retira toutes les aiguilles , et le malade marcha sans gêne et sans boiter; seulement l'extension forcée de la cuisse était encore douloureuse. Le ier dé- cembre, les douleurs de la fesse et de la cuisse n'a- vaient pas reparu ; mais il s'en était manifesté une légère à la malléole interne de la jambe droite, avec un peu de claudication. Une seule acupunc- ture ne tarda pas à la faire cesser, et à rendre la marche facile.

94 TRAITÉ

38e Observation : Contusion récente à la poitrine.

La nommée Françoise Bourdon, âgée de 5o ans. journalière, avait reçu, deux jours avant de venir nous trouver, un coup au côté droit de la poitrine. Elle ne voulut pas nous dire par quel corps, ni de quelle manière elle avait été frap- pée. Voici d'ailleurs .les svmptôrnes qu'elle pré- sentait : Face pale et exprimant la souffrance ; difficulté extrême de respirer ; douleur de côté , augmentant par la pression, et si violente qu'elle obligeait la malade à se pencher latéralement. C e tte douleur s'étendait du côté droit de la poitrine à l'épaule, et rendait les mouvemensde cette par- tie intolérables, au point d'arracher des cris. Du reste , il n'v avait ni expectoration ni toux. Le 20 novembre 1824? M. J. Cloquet introduisit une aiguille dans le point le plus douloureux de la poitrine , entre les cinquième et sixième côtes. Au bout de trois minutes , engourdissement dans tous les lieux qu'occupait la douleur. Au bout de six minutes, le bras put exécuter ses mouvemens. Il se manifesta alors aux environs de lraiguille de faibles élancemens. La douleur de la poitrine diminua; la respiration devint plus facile ; on vit la face s'épanouir , et la malade ma- nifesta sa joie par des paroles pleines de gaieté. Au

DE L'ACUPUNCTURE. $j

bout de dix minutes l'aiguille fut retirée, et la douleur, dont il restait encore quelques traces à l'épaule, avait entièrement disparu à la poitrine. Le lendemain, les douleurs revinrent à la poi- trine; mais elles étaient beaucoup moins vives. et quant à celles de l'épaule , elles n'avaient pas augmenté depuis la dernière acupuncture. XL Jules Cloquet introduisit de nouveau une aiguille dans le point le plus douloureux de la poitrine. Au bout de douze minutes les douleurs disparurent entière- ment à la poitrine et à l'épaule. Le 5o , elles étaient revenues, mais si légères, que M. J. Clo- quet, ne jugeant pas nécessaire de pratiquer une nouvelle acupuncture, se contenta de prescrire des bains de vapeurs.

39e ObservatimPl Rhumatisme des lombes et des membres inférieurs.

Le nommé Aznibère (Jean-Joseph), cordon- nier, âgé de 55 ans, d'une constitution lvni- phatique , éprouva , il y a deux ans \ des con- trariétés qui altérèrent sa santé; il fut même forcé de garder le lit pendant quelque temps . et quand il voulut se lever, il fut fort étonné de ne pouvoir marcher. Des douleurs lancinantes, aug- mentant par intervalles, se firent bientôt sentir dans toute la longueur des membres inférieurs, mais

9G TRAITE

surtout dans le droit. C'est-* nous dit-il. comme si des chiens me rongeaient les os. La marche était extrêmement pénible, la pression doulou- reuse, le sommeil troublé. Quatre bains simples avaient un peu calmé ces douleurs . mais le 2 dé- cembre 1S24 elles étaient si vives crue le ma- lade ne pouvait se baisser ni marcher sans souffrir horriblement. M. J. Cioquet introduisit une aiguille dans le mollet gauche (c'était l'en- droit où les douleurs étaient le plus vives alors ) . Au bout d'un quart d'heure . le malade put se bais- ser et porter tout le poids de son corps sur la jin.be gauche, ce qu'il ne pouvait faire aupara- vant ; bientôt il put marcher et exécuter presque sans douleur tous les mouvemens des membres ; mais à peine était-il sorti de la salle de consultation . que la douleur lombaire, qui n'avajt pas cessé tout-à-fait, augmenta sensiblement; le 4? celle des jambes reparut faiblement; le 6. il y en avait une légère aux fesses . mais elle ne se manifes- tait que dans la position assise. Le sommeil était d'ailleurs calme et la marche facile. On introdui- sit deux aiguilles, l'une dans- la région lombaire, et l'autre dans la fesse. Au bout de quinze minutes, la marche devint plus facile encore ; la douleur lombaire avait disparu, et le malade se baissa sans aucune s:êne. Quant à celle de la jambe, elle ne cessa qu'au bout d'une demi-heure, c'est-à-dire

DE L'ACUPUNCTURE. <r

quand on retira les aiguilles. Alors tous es mou vemens des membres inférieurs s'exécutèrent fa- cilement. Le malade s 'étant fendu comme pour s'escrimer, frappa du pied droit sur le sol. sans éprouver la moindre sensation pénible.

4oe Observation : ISê^ralgie sciatique.

M. Chapelle (Guillaume), âgé de 56 ans. cor- donnier, éprouvait depuis deux mois, sans causes connues, à la fesse gauche, des douleurs qui s'é- tendaient aussi à la partie supérieure de la cuisse du même côté. De temps à autre . ce membre flé- chissait sous le poids du corps, et devenait impropre à exécuter des mouvemens. A des intervalles rap- prochés. et surtout pendant la marche . qui d'ail- leurs ne pouvait avoir lieu qu'à l'aide d'un bâton, il se développait des douleurs lancinantes telle- ment vives que le malade était obligé de s'arrê- ter brusquement et de saisir fortement sa cuisse. Au reste, ces accès avaient aussi quelquefois lieu dans la position assise. Quand le malade voulait se tourner de côté , il était obligé de tourner tout le tronc à la fois. Le moucher, la toux et le dé- cubitus sur le côté malade augmentaient les dou- leurs. Une application de sangsues et des fric- tions camphrées n'avaient produit aucun effet avantageux. Le malade était décidé à s'appliquer

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un vésicatoire, quand, le 20 décembre 1824, ^ vint trouver M. J. Cloquet. A cette époque la douleur était extrêmement vive , surtout au sortir du lit; la pression l'augmentait peu, mais le moindre mouvement la reproduisait. M. Jules Cloquet introduisit deux aiguilles dans la fesse ; il passa dans ces aiguilles un seul conduc- teur , qui ,• par mégarde , ne fut pas plongé dans l'eau s?lée. ( Il est à noter que l'intro- duction des™, aiguilles se fit sans que le ma- lade s'en aoerçût, tant les douleurs étaient vio- lentes). Au bout de trois quarts d'heure, les ai- guilles étant retirées, le malade exécuta tous les mouvemens du tronc sans la moindre douleur. En marchant, il sentit aussitôt, nous dit-il, «dix fois plus de force dans son membre. » Il aban- donna son bâton ; il ne lui restait plus que de légères douleurs qui se faisaient sentir seulement le matin , quand il allait se lever. Au bout de cinq à six jours , elles disparurent entièrement. Le 7 janvier i8â5, le malade, après avoir fait une marche forcée , sentit de nouveau une douleur vive au même endroit que les premières. Ce- pendant cette douleur présentait moins d'inten- sité , car la marche s'exécutait sans bâton ; la toux, le moucher, les mouvemens du tronc ne l'aug- mentaient plus autant , à beaucoup près : M. Jules Cloquet introduisit une seule aiguille à la fesse,

DE L'ACUPUNCTURE. 99

entre le grand trochanter et le sacrum, et u\ adapta point de conducteur. Au bout de trois quarts d'heure, l'aiguille fut retirée, le malade toussa, marcha, exécuta tous les mouvemens du tronc et du membre affecté , sans éprouver la moindre douleur.

4ie Observation : Névrai e sciatique.

Le nommé Simonet (Benoît) , a é de 28 ans, boulanger, d'une constitution robuste, éprou- vait depuis neuf ans des douleurs, tantôt dans le membre inférieur droit , tantôt dans le gauche. Un jour que ces douleurs s'étaient fixées à la jambe gauche , des bains de vapeurs et de fumi- gations aromatiques les firent entièrement dis- paraître. Mais quelques mois après, le 10 jan- vier 1825, après avoir quitté son caleçon, Simonet ressentit à la fesse gauche des élan- cemens qui bientôt se répandirent le long du nerf sciatique jusqu'à la malléole externe. Le i3, la souffrance était plus vive à ce der- nier endroit que dans le reste de la longueur du membre, même qu'à la cuisse, d'où elle semblait partir pendant les moindres mouve- mens. Au reste , il est à noter qu'à la suite des anciennes douleurs, il était resté dans l'autre fesse un endroit presque insensible. M. Jules

ioo TRAITÉ

Cloquet introduisit une aiguille dans la fesse douloureuse. Cette aiguille ayant été retirée au bout d'une demi-heure , le malade sentit dans le moment peu de changement dans ses dou- leurs. Ce n'est que rentré chez lui, qu'il se trouva tellement soulagé qu'il se mit aussitôt à tra- vailler, sans presque rien éprouver. Il se baissa, marcha , souleva des fardeaux sans aucune gêne. La toux n'excitait plus les douleurs. Le 1 5, même état satisfaisant ; il n'y avait plus qu'une légère douleur à la fesse et au-dessus de la mal- léole externe. On introduisit une aiguille dans chacun de ces deux points. Au bout d'une heure, elles furent retirées : la douleur de la fesse était descendue un peu plus bas. Elle était d'ailleurs à peine sensible dans tous les mouvemens qui en développaient une si vive auparavant.

42e Observation : Névralgie sciatique.

Le nommé Dargent ( François) , scieur de bois , d'une constitution robuste, se présente à la con- sultation de l'hôpital Saint-Louis. Il y a six se- maines qu'après avoir beaucoup sué, il fut pris, quelques heures après, de douleurs si vives, à la partie supérieure de la fesse gauche, qu'elles le forcèrent à quitter aussitôt ses travaux. En rentrant chez lui, il eut recours à du vin chaud

DE L'ACUPUNCTIRE. 101

pour exciter la transpiration, et s en trouva assez soulagé pour qu'au bout de trois jours il pût reprendre ses occupations. Mais la force des dou- leurs les lui fit quitter encore quelques jours après. Dargent fit alors successivement usage de lavernens irritans et de purgatifs qui augmen- tèrent ses souffrances ; puis de lavernens émoi- liens 9 de bains simples et de sangsues à la fesse, qui les diminuèrent ; puis enfin d'un vomitif qui produisit également quelque soulagement; mais ce traitement le plongea dans une faiblesse ex- trême, et il se décida à venir trouver M. J. Clo- quet le 17 janvier 1826. Les douleurs s'éten- daient tout le long de la partie postérieure et externe de la cuisse et de la jambe gauches, de- puis la région lombaire jusqu'au pied. Plus fortes à la cuisse, ces douleurs étaient caractérisées par un engourdissement continuel et des élance- mens qui se manifestaient à des intervalles rap- prochés, mais toujours quand le malade se bais- sait, ou qu'on pressait sur les parties malades. Ces élancemens étaient si douloureux, et se re- produisaient tellement au moindre mouvement , que le malade nous dit que s'il venait à tomber, il ne pourrait se relever. Dans le lit il ne pouvait rester long-temps sur le côté affecté. Il dormait très-peu ; la toux augmentait les douleurs de la cuisse seulement. La marche, en développant de

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la chaleur, finissait par les diminuer un peu. Dans le repos , la cuisse se refroidissait plus que celle de l'autre côte. Le malade ne pouvait rester assis pendant cinq minutes. M. J. Cloquet introduisit dans la fesse douloureuse une aiguille qui fut retirée au bout d'une heure et demie. Pendant tout ce temps Dargent resta assis. S'étant alors levé, il ne sentit que de l'engourdissement dans tout le membre. En se baissant il éprouvait une légère douleur à la fesse ; mais la toux en développait à peine, et la pression n'était douloureuse qu'à l'endroit de l'aiguille. ïl n'y avait plus aucune trace de douleur à la jambe. Pendant la nuit , le malade se coucha sur le coté affecté. Le 1 8, même état qu'après l'acupuncture de la veille. Deux ai- guilles furent alors introduites à la région lom- baire, une de chaque côté de la colonne verté- brale. Pendant leur application il se manifesta quelques élancemens. La douleur de l'introduc- tion fut aussi plus forte que la veille. On retira ces aiguilles au bout d'une heure , et alors tous les mouvemens possibles des lombes et des membres inférieurs étaient exécutés sans aucune douleur. Il n'existait que celles dépendantes des pi- qûres. Dargent se baissa jusqu'à terre avec une grande facilité , ce qu'il n'avait pas fait depuis qu'il était malade. En soulevant un fardeau, il n'éprouva plus d'autre sensation que celle de fai-

DE L'ACUPUJNCTURE. io',

blesse : il était revenu une légère couleur à la région lombaire, mais elle n'était sensible que dans les mouvemens étendus, et n'empêchait pas le malade de se baisser avec facilité. Deux aiguilles furent introduites à la région lombaire. Pendant des expériences galvaniques, des élancemens vifs se firent sentir aux aiguilles. Après ces expériences ils diminuèrent peu à peu. Un quart d'heure après les douleurs restaient encore plus vives qu'avant l'acupuncture. Mais les aiguilles ayant été retirées, quelques minutes après le ma- lade n'éprouva plus qu'une légère douleur aux piqûres, et quant à celle qui existait avant l'acu- puncture, elle avait entièrement disparu. Leoo. il n'était revenu aucun symptôme de la maladie.

43e Observation : Rhumatisme du membre supérieur

Le nommé Thiellant (Charles), âgé de 28 ans, ferblantier, d'une constitution lymphatique, a été atteint,^ il y a deux ans, d'une colique de plomb dont il fut guéri à la Charité en vingt- un jours, par la méthode employée à cet hôpital. Ce traitement le réduisit à une faiblesse extrême, et pendant qu'il gardait encore le lit , il se ma- nifesta dans le côté gauche du corps, des dou- leurs vives qui se déclarant d'abord à la poitrine,

io4 TRAITE

s'étendirent bientôt à la tête, aubras, et envahirent enfin le membre inférieur. Thiellant ne pouvait plus se servir des membres de ce côté. Il prit à la Charité trois bains sulfureux sans succès, et de vint à l'bôpital Saint-Louis. On lui ordonna des bains de vapeurs ; il en prit trente, et se trouva alors assez bien guéri pour reprendre ses travaux. Le 5 janvier i8s5, il fat atteint d'une inflammation delà membrane muqueuse nasale, qui bientôt s'étendit jusqu'aux bronches (difficulté dans la respiration , légère douleur dans la poitrine, sans expectoration ni toux). Quelques jours après, les douleurs, delà jambe gauche, auparavant légères, devinrent extrêmement vives. Le 12, elles se portè- rent et se concentrèrent sur l'épaule gaucbe. Le 1 7, la douleur de l'épaule était très-vive ; le malade ne pouvait lever le bras qu'à moitié , encore ce mou- vement augmentait-il beaucoup sa souffrance à la poitrine ; il sentait des élancemens qui traver- saient cette cavité et s'étendaient jusque dans l'ab- domen. La pression n'y était pas douloureuse, mais elle l'était extrêmement à l'épaule. Aussi depuis huit jours le malade n'avait pu travailler. M. J. Cloquet introduisit une aiguille au sommet de l'épaule, dans le bord supérieur du trapèze (c'était alors le point le plus douloureux). Après avoir erré dans tout le bras , les douleurs finirent par n'être plus sensibles qu'autour de l'aiguille.

DE L'ACUPUNCTURE. 10S

On retira cette aiguille au bout d'une demi-heure, et les douleurs de la poitrine ainsi que celles du bras avaient disparu presque complètement. Quant à celles de l'épaule, elles n'étaient mar- quées qu'autour de la piqûre. Cependant le ma- lade leva bien plus facilement son bras. Pendant la nuit il se manifesta quelques élancemens à la poitrine. Le 18, il n'existait que la douleur de l'épaule. Elle était plus légère qu'avant l'acupunc- ture , mais elle gênait encore les mouvemens de cette articulation. On introduisit une aiguille en or dans le même endroit que la veille. Au bout de quelques minutes, la douleur s'étant portée plus près du cou, on y introduisit une aiguille en acier. On retira ces deux aiguilles au bout d'une heure et demie; alors Thiellant n'accusa plus que de l'engourdissement et de la pesanteur dans le bras. Il ne restait à l'épaule et au cou que la douleur légère des piqûres, et la respi- ration se faisait sans la moindre gène. Quelques minutes après, le malade n'éprouva plus aucune sensation pénible ni au bras ni à l'épaule. Il passa le reste de la journée dans un état de santé parfaite. La nuit il se manifesta dans tout le membre supérieur une pesanteur et un en- gourdissement qui l'empêchèrent de dormir. Le 20, il ne restait que de l'engourdissement dans tout le membre et de la pesanteur au som-

io6 TRAITE

met de 1 épaule surtout. Cependant quand le ma- lade levait le bras, une légère douleur se faisait sentir derrière l'épaule. Il y avait encore à la poi- trine quelques faibles élancemens. On introduisit une aiguille entre le cou et le sommet de l'épaule ; au bout de six minutes, cette aiguille n'avait pro- duit d'autre changement qu'une douleur plus forte autour d'elle. On la retira au bout d'une heure et demie, et le malade put aussitôt lever le bras aussi haut que possible , sans éprouver la moindre souffrance. Le sentiment de pesanteur et d'engourdissement avait aussi entièrement dis- paru. La respiration se faisait parfaitement. Il ne restait qu'une légère douleur à l'endroit de la pi- qûre.

44e Observation : Névralgie sciatique.

Le nommé Rouland (Jean-Jacques) , âgé de 5 2 ans, scieur de pierres, sentit des douleurs à la région lombaire, en ramassant des outils dont il avait besoin dans son travail (le temps était pluvieux). Des lombes, ces douleurs s'éten- dirent quelques jours après dans la cuisse et dans la jambe droites, et devinrent telles que le malade fut forcé de suspendre ses travaux, et qu'il perdit bientôt le sommeil. Voici au reste son état quand il vint consulter M. Cloquet. Engourdissement

DE L'ACl IMWCTl RE. i<rj

continuel fait douloureux, et. parfois élancement

plus douloureux encore, dans toute la cuisse <•! la jambe; pression très-pénible. Le malade nepenf ni s'asseoir ni se coucher sur le coté affecté : il y a lait appliquer dix-huit sangsues, mais loin qu'elles l'aient soulagé, il prétend que xson mal s'en est accru; il ~ne peut marcher; quand il pose le pied à terre il est pris de douleurs intolérables. Aussi est-ce en voiture qu'il est venu à Saint- Louis, et l'infirmier a le porter sur son dos jusque dans la salle de consultation. M. Clo- quet , après s'être assuré que la cuisse est le point le plus douloureux, y introduit une aiguille ar- mée d'un conducteur. Au bout de deux minutes il se manifeste à la jambe des douleurs lanci- nantes si fortes, que .le malade s'agite sur sa chaise avec de vives angoisses. Dès lors ces- sation des douleurs de la cuisse. On introduit une aiguille à la jambe. Au bout de quinze mi- nutes les douleurs diminuèrent beaucoup; le ma- lade devint calme. Un instant après, il n'y a plus que de l'engourdissement. Le malade se leva et put marcher sans aucune gêne ; il exprima sa joie par des exclamations. Au bout d'une demi- heure, il se met encore à marcher sans qu'on le lui dise. Il s'assied facilement sur le côté aupa- ravant si malade, il n'y a plus de douleurs qu'à l'aiguille de la jambe; il y a aussi un léger en-

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gourdissement dans les doigts de pied. Au bout d'une heure et demie , de légers élancemens se manifestent à la partie supérieure du mollet, on y introduit une aiguille. Un instant après on en applique une autre au coude-pied, il existe quelques élancemens. Cinq minutes après ces deux acupunctures, il ne restait plus aucune trace de ces douleurs. Les aiguilles furent retirées au bout de deux heures et demie environ, et le ma- lade s'en alla à pied , sans éprouver autre chose qu'un peu d'engourdissement qui avait disparu quand il rentra chez lui. Il se coucha aussitôt trois heures), et dormit si profondément jus- qu'au lendemain à dix heures, qu'on fut encore obligé de le réveiller. ( Il y avait quatre jours qu'il était entièrement privé du sommeil ). En se levant, il sentit, à la place des anciennes dou- leurs , des élancemens , mais si légers , qu'il nous dit que c'était plutôt de l'engourdissement. Du reste, il avait dormi sur le côté malade, et vînt nous trouver à pied. M. J. Cloquet s'informa des endroits encore douloureux, et introduisit d'a- bord deux aiguilles dans la partie externe de la cuisse, et puis une troisième à la partie ex- terne du mollet. Au bout de quelques minutes, les élancemens disparurent ; il ne resta plus qu'un léger engourdissement. Les aiguilles ayant été retirées au bout de trois heures et demie

DE L'ACUPUNCTURE. i*g

environ , le malade ne sentit , en marchant , d'autres douleurs que celles des aiguilles. Un instant après, la marche développait une lé- gère douleur au-dessus de la malléole ex- terne ; on y introduisit une aiguille qui fut reti- rée au bout d'un quart d'heure ; il ne resta plus alors qu'un peu d'engourdissement. Le s3, le malade revint à l'hôpital à pied. Il avait par- faitement dormi, mais ressentait encore de lé- gères douleurs au-dessus de la malléole ex- terne et dans Je pied. Dans la marche le pied s'engourdissait au point que le malade le sentait à peine , ce qui le faisait un peu boiter. Il y avait aussi un sentiment pénible à la partie moyenne de la face postérieure de la cuisse. On introduisit une aiguille dans les deux points douloureux. Un instant après toute douleur avait disparu à la cuisse ; il ne restait plus qu'un peu d'engour- dissement. Au bout d'une heure les douleurs avaient partout disparu. Il n'y avait plus de pé- nible que la présence des aiguilles. On les retira, et la marche devint extrêmement facile.

45e Observation : Rhumatisme articulaire.

Madame Vieille (Constance), âgée de 36 ans, d une forte constitution , avait été prise , il y a deux mois , de douleurs si vives à la plante du

no TRAITE

pied droit, puis du pied gauche, qu elle fut aussitôt obligée de garder le lit. Deux jours après, ces douleurs s'étendirent aux deux genoux et aux articulations coxo - fémorales ; elles dévelop- paient beaucoup de gonflement, surtout au genou droit et aux orteils. La chaleur du lit , la pression , et même le moindre contact, les augmentaient ex- trêmement. Le troisième jour de la maladie , madame Vieille s'était fait mettre des sangsues à chaque fesse, et ce moyen avait enlevé momenta- nément les douleurs ; elle usa de cataplasmes aux genoux et aux pieds, se mit à la diète, et prit pour tisane de l'eau d'orge miellée. Au bout d'un mois de ce traitement , les douleurs générales di- minuèrent. Il n'y avait plus de gonflement qu'à la partie interne du genou droit et à la partie externe du genou gauche. Il y restait, ainsi qu'aux pieds, de la roideur qui empêchait la malade de marcher. On lui appliqua alors vingt sangsues à chaque genou et six à chaque coude-pied : après cette application elle put se lever et faire quelques pas dans sa chambre. Mais la nuit du du même jour, elle sentit de la pesanteur et de l'engourdissement au poignet droit. Elle appli- qua aussitôt sur cette partie un cataplasme émol- lient. Malgré ce moyen, les douleurs y devinrent bientôt si vives , que la malade ne pouvait prendre aucun repos. Elles diminuèrent cependant peu à

DE L'ACUPUNCTURE. n i

peu, mais ce fut pour se porter, ainsi que le gon- flement, sur le poignet gauche. Quinze sangsues appliquées alors autour de chaque poignet ne diminuèrent cette fois ni le gonflement ni les douleurs. Il semblait à la malade qu'on lui sciait les poignets. N'ayant pas éprouvé de soulagement par l'emploi des sangsues , elle alla, le 20 janvier 1825, deux jours après, trouver M. Magendie, qui l'adressa à M. J. Cloquet. Le gonflement était considérable. La faible rougeur qui existait n'était nullement en rapport avec lui. Les articulations des poignets et des mains étaient immobiles. Les douleurs étaient très-vives, surtout quand on vou- lait faire exécuter des mouvemens aux poignets ou #aux doigts. Il semblait alors à la malade qu'on lui arrachait les ongles. M. J. Cloquet introduisit une aiguille au-dessus de la face postérieure de chaque poignet. Au bout de dix minutes la malade put plier les poignets, surtout le gauche, sans que la souffrance fût aussi forte. Au bout de quinze minutes, le gonflement était moindre. Les aiguilles furent retirées au bout de biois quarts d'heure, et la malade remua elle-même les doigts et les poignets sans éprouver presque de douleurs. La rougeur parut moindre. La pression était peu douloureuse. Pendant la nuit cependant , les dou- leurs furent encore assez vives pour troubler le

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sommeil. Le 26, les douleurs et le gonflement avaient entièrement disparu à la main et au poi- gnet gauches , la malade pouvait s'en servir. La douleur avait aussi disparu à la main et au poignet droits, mais un léger gonflement et de la roideur gênaient encore les mouvemens. On introduisit deux aiguilles aux mêmes endroits que la veille ; on les retira environ une heure après. Cette fois ce ne fut qua deux heures de l'après-midi que le gon- flement se dissipa presque complètement. Au reste la malade a très-bien reposé. Le 27, un peu d'en- gourdissement à la main gauche , mais sans gon- flement; nulle sensation pénible à la droite, seule- ment léger gonflement à son côté radial. Ce jour-là, on introduisit deux aiguilles aux mêmes points que les fois précédentes, et elles furent retirées une heure après» Le 28 au matin, madame Vieille nous dit que la chaleur du lit rendait encore un peu douloureux les mouvemens étendus des ar- ticulations auparavant affectées; du reste le gon- flement avait entièrement disparu. Le 29, lamalade était parfaitement guérie. Elle ne ressentait de gêne nulle part. Il est inutile de faire observer que l'affection n'avait été que déplacée par des applications de sangsues ; la douleur et le gon- flement n'avaient pas encore cessé dans une par- tie, qu'ils étaient déjà très-prononcés dans une

DE L'ICUPUNCTl RE u5

autre. Le 5i janvier, il n'était rien survenu. La malade sortit de l'hôpital quelques jours après, très -bien portante.

4ic Observation : Tiraillement de l'articulation scapulo- lnmu'rale.

M. Greliche, âgé de 24 ans, élève en méde- cine à l'hôpital Saint-Louis, se balançait, le i5 février 1825, sur sa chaise; celle-ci venant à se renverser, il porta la main gauche en arrière pour se garantir de sa chute, et eut le bras pris entre le dos de la chaise et le sol. Il sentit aussi- tôt dans l'articulation scapulo-humérale gauche un craquement suivi de douleurs lancinantes vives, qui allèrent ensuite en augmentant. Ces douleurs étaient continuel «es , et , quelque po- sition que le malade fit prendre à son membre , il ne pouvait les calmer. Elles ne lui permettaient de faire exécuter au membre aucun mouve- ment. La pression sur l'articulation était fort douloureuse. Le malade ne put goûter le moindre repos pendant toute la nuit. Le 14, M. J. Clo- quet introduisit une aiguille dans la partie supé- rieure du muscle deltoïde ; aubout de dix minutes, soulagement tel qu'il n'y avait plus de douleur dans le repos, mais seulement un sentiment d'en- gourdissement; la pression était encore un peu

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ii4 TRAITE

douloureuse , et îe membre ne pouvait exécuter de inouvemens sans douleur. L'aiguille ayant été retirée au bout de deux heures, même état qui se continua jusqu'au lendemain. Le malade reDOsa bien pendant îa nuit. Le i5 , on introdui- sit une aiguille, non loin de la piqûre de la veille ; aussitôt après son introduction, le malade sentit son bras plus léger; l'engourdissement disparut; au bout dune heure, le malade fut étonné de pouvoir faire exécuter sans douleurs à son membre tous les mouvemens, excepté celui de rotation, qui en développait encore une légère. L'aiguille fut laissée en place six heures de temps, sans produire d'autres changemens. Le 16, quand le malade portait le bras fortement au-devant de la poitrine , il éprouvait encore de la douleur. Une aiguille ayant été -introduite dans le deltoïde « quelques momens après, les mouvemens devinrent beaucoup plus libres. Au bout d'une heure, l'ai- guille avant été retirée, îe malade se servit par- faitement de son bras pour s'habiller, et fit exécuter au membre, sans douleur, les mouvemens les plus étendus. Dès ce moment la guérison fut complète.

DE L'ACllM NCTIR!:. m 5

'l?/ Observation : sur une névralgie sus-orbilairr i^m rie par l'acupuncture; recueillie par M. Bardoulat, à PB Dieu, dans les salles de M. Husson, et communiquée u M. Cloqnet.

Le nommé Durand (Jean), ûgé de 24 ans, porteur d'eau, est entré à l'Hôtel-Dieu le 19 jan- vier 1825.

Cet homme, d'un tempérament pléthorique, d'une forie constitution, se plaignait, depuis six jours, d'une douleur vive fixée au-dessus du sourcil gauche, et qui ne paraissait pas suivre le trajet connu d'un nerf, mais décrire une courbe parallèle à l'arcade sourcillière , étendue de l'angle interne de l'œil à la fosse temporale gauche, envahissant le front, l'oreille et l'œil du même côté. Cette douleur était accompagnée d'étourdissemens fréquens, de céphalalgie assez intense, de trouble dans les fonctions de la vi- sion, et de larmoiement presque continuel au côté gauche. Il y avait eu des épistaxis qui s'é- taient supprimées : on pensa que telle pouvait être la cause de la douleur, et l'on mit deux sangsues à la cloison des fosses nasales. L'écou- lement sanguin procuré artificiellement pour rem- placer une hémorrhagie naturelle fut très-abon- dant; il diminua la pléthore générale et les étour- dissemens, mais il n'agit en aucune façon sur la

n6 TRAITÉ

douleur susorbitaire. Le cas parut alors favo- rable à l'acupuncture, et, le lendemain au matin, M. Husson fit placer une aiguille d'acier très- aigiïe, de gauche adroite, après avoir fait un pli transversal à la peau ; elle pénétra à deux lignes au-dessous de cette membrane, suivit un trajet parallèle au sourcil, fut enfoncée d'un pouce au moins dans sa longueur, et resta une heure dans les parties. Au bout de ce temps elle fut retirée, présentant sa pointe noire et quelques points de sa surface oxidés; elle n'avait donné lieu à au- cune sensation pénible, l'introduction fut à peine sensible; il y eut une douleur assez vive en la retirant.

Déjà le malade sentait un peu de souTagernent , la tête était plus libre , la vue plus nette , l'œil pleu- rait moins. Il resta ainsi pendant la journée : le soir, une nouvelle aiguille fut introduite, en la fai- sant pénétrer dans l'étendue d'un pouce et demi de droite à gauche , croisant ainsi la direction de la première. Elle resta deux heures, en ne faisant éprouver, pendant sa présence au milieu des chairs, que le sentiment d'un corps chaud qui suivait la direction de l'aiguille. L'extraction fut plus douloureuse que dans la matinée; mais après un demi-heure, il y eut un soulagement très- marqué; l'œil fut moins trouble dans ses fonc-

DE L'ACUPUNCTURE. I 17

lions; il n'y eut plus d'épiphora, ni <!<• cépfaa- tajgie.

Le lendemain au matin, quelques légères douleurs avaient reparu au-dessus du sourcil, avec un peu de pesanteur de tête, mais à un degré moindre qu'à l'arrivée à l'hôpital. Amidi, M. Husson fit introduire une aiguille de gauclie à droite; elle pénétra dans l'étendue de deux pouces, et resta trois heures dans les tissus : même sensation que la veille, mais plus vive; surtout au moment elle fut rétirée; alors elle faisait éprouver la sensation d'un corps en igni- tion qui traversait les parties. L'aiguille avait perdu son poli, et présentait une teinte noire dans tous les points de sa surface. Soulagement entier, complet un moment après l'extraction ; plus d'embarras à la tète*, ni de douleurs au-des- sus du sourcil; plus de trouble dans la vue ni d'écoulement des larmes sur la joue; enfin ton! se trouve rétabli dans l'ordre naturel.

Ainsi trois aiguilles enfoncées à une profondeur d'un à deux pouces, suivant un trajet parallèle au sourcil, abandonnées depuis une heure jus- qu'à trois, au milieu des parties, ont combattu avec avantage une névralgie, récente à la vérité , mais très-aiguë. Le malade resta encore quelques jours à l'hôpital, pour que l'on fut assuré de la réalité et de la persévérance de cette guérison si

n8 TRAITE

rapide ; et en effet il ne se plaignit plus d'aucuns des accidens qui l'avaient forcé d'interrompre son travail et de venir chercher du secours à l'Hô- tel-Dieu. Il est sorti le 24 janvier, après un séjour de cinq jours.

45e Observation : Rhumatisme musculaire; (communiquée par M. ïîusson).

François Lachaussée , âgé de 65 ans , cuisinier au collège de Louis-le-Grand, avait depuis sis semaines des douleurs rhumatismales dans l'é- paule et le bras droit. Ces douleurs l'empê- chaient de faire son service, et privaient cet homme de tous les mouvemens de son membre supérieur.

M. Husson, médecin de ce collège, conseilla à Lachaussée de venir tous les matins à THôtel- Dieu, et daus une des salles destinées à l'ensei- gnement de la médecine clinique, il lui fit in- troduire dans l'épaule et dans la longueur du bras malade , des aiguilles de la longueur de deux à trois pouces, et les y laissa de une à trois heures; quatorze piqûres pratiquées en cinq jours ( du 7 au 12 janvier 1826) , ont suffi pour rendre à ce cuisinier l'usage de son bras , pour lui enlever ses douleurs, et pour le mettre en état de reprendre ses fonctions.

DE L'ACUPUNCTURE. 119

Toutes ces acupunctures ont été* pratiquées devant un nombre considérable <le docteurs en médecine etd'étudians qui, au besoin, pourraient rendre témoignage de la vérité des faits.

\l\K Observation : Douleurs rhumatismales; (communiquée par M. Devcrgie).

Un vétéran soutirait , depuis deux mois, dune douleur, le long du trajet du muscle droit an- térieur et de la portion externe du triceps de la de la cuisse gauche. Des bains et frictions ne le soulagèrent pas : deux aiguilles de deux pouces et demi furent placées dans l'épaisseur des muscles douloureux et laissées trois quarts d'heure. Le lendemain, nulle douleur; le troisième jour, elle reparut moindre vers le ligament inférieur de la rotule; une aiguille d'un pouce , implantée pendant trois quarts d'heure, l'enleva, et elle ne reparut plus.

/pu Observation : Douleurs rhumatismales; (communiquée par M. Devergie.)

Un sergent-major souffrait , depuis son retour de l'armée d'Espagne, de douleurs vives dans le membre abdominal gauche, douleurs qu'il avait

120 TRAITE

contractées au bivouac dans Ja Catalogne. Des sangsues en grand nombre , des vésicatoires , une grande quantité de bains de vapeurs et de Ba- règes, avaient enfin, après quatre mois , procuré une grande diminution dans les souffrances, mais non la guérison. L'acupuncture enleva , en deux séances d'une demi-heure chaque , les douleurs de la jambe et du mollet , qui n'ont pas reparu depuis trois semaines ; mais la cuisse soulagée n'a pas été guérie par trois acupunctures répétées.

46e Observation : Douleurs rhumatismales ; (communiquée par M. Deveig'ie).

Le nommé Michel , entré depuis dix mois au Yal-de-Grâce, de retour du Sénégal 9 , dans un accès defièvre avec délire, il s'étaitprécipité du haut d'un fort (environ deux cents pieds de hauteur). Plusieurs fractures compliquées aux membres su- périeurs et inférieurs, une luxation du bras gauche, deux plaies de tête avec altération des os du crâne, avaientété les tristes résultats de cette chute. Il guérit avec peine, et revint en France, ayant un raccourcissement de deux pouces du membre in- férieur gauche, des exostoses, et des douleurs ostoécopes le long des os, surtout dans les articu- lations coxo-fémorales et scapulo-humérales. Pen- dant son séjour à l'hôpital , nous emplovâmes un

DE L'ACUPUNCTURE. 121

traitement par les frictions nlercurielles, les su- dorifîques , les bains de vapeurs, de Bai les rubéfians, etc., etc., et nous parvînmes à enlever les exostoses et à rendre la vie sup- portable à ce malheureux, mais non à le dé- barrasser des douleurs articulaires scapulo-humé- rales, que l'opium soulageait à peine. Enfin, ces jours derniers , j'appliquai trois aiguilles dans l'é- paisseur du deltoïde droit , pendant une heure , avec amélioration marquée. Le lendemain, deux aiguilles de deux pouces dans la trapèze du côté gauche, une dans la deltoïde du même côté, et une quatrième dans le pectoral droit, furent lais- sées pendant une heure. Ces applications suffi- rent pour le guérir et lui permettre, à son grand étonnement, des mouvemens qui depuis long- temps lui étaient interdits par la douleur.

47e Observation : Rhumatisme; (communiquée par M. Bevergie. )

Le nommé Binois, infirmier à l'hôpital du Val- de -Grâce, avait depuis deux mois dans l'épaule gauche, un rhumatisme qui l'empêchait de lever le bras, et de le porter en arrière. Deux aiguilles furent introduites dans le muscle deltoïde , l'une à la partie antérieure, l'autre à la partie posté- rieure; elles furent retirées après une heure de

122 TRAITÉ

séjour. Le malade put alors exécuter des inouve- mens qui auparavant Jui étaient impossibles; mais lui restait encore une légère douleur qui fut enlevée par la même opération trois jours après,

48° Observation : Douleurs rhumatismales .

Depuis trois ans, la nommée Yagner (Made- leine ) , âgée de 58 ans , éprouvait dans l'épaule droite des douleurs vives qui s'étendaient à tout le membre correspondant, lorsque cette malade se présenta à mon ami M. Godard, le i5 avril 18^5. Les douleurs avaient beaucoup augmenté d'intensité depuis quelques jours; le membre et surtout la paume de la main étaient couverts de sueur ; le faciès était souffrant ; le bras ne pou- vait être écarté du tronc sans causer des dou- leurs atroces. Il plaça deux aiguilles d'acier dans l'épaisseur du muscle deltoïde. Au bout d'un quart d'heure , la pression sur l'épaule n'é- tait presque plus douloureuse , mais les mouve- mens étaient encore impossibles. Les aiguilles furent retirées au bout d une heure ; alors la ma- lade mit elle-même la main sur la tête, n'éprou- vant plus qu'une légère sensation de douleur , nullement capable d'empêcher les mouvemens. Le surlendemain, l'affection s'étant renouvelée, mais moins intense que le \ 5 avril , deux ai-

DE L'ACUPUNCTURE, guilles furent de nouveau placées dans le del- toide. Elles furent retirées au bout d'une heure et demie ; alors la nommée Vagner put faire exécuter sans aucune douleur tous les înouve- mens possibles au membre supérieur droit. Deux jours après, la malade dit que les sueurs avaient aussi disparu, mais qu'il lui restait de la raideur dans l'articulation scapulo-humérale. Six douches de vapeur dissipèrent cette légère affection ; et aujourd'hui, s5 tuai, aucun symptôme morbide ne s'est manifesté de nouveau.

49e Observation : Lumbago ; ( communiquée par le docteur Bonpard. )

Un teneur de livres est atteint d'un lumbago depuis près de deux mois ; il ne peut se redres- ser, tant sont vives les douleurs qu'il éprouve. 11 consulte plusieurs hommes de l'art; il met en usage les moyens qui lui sont conseillés ; ses douleurs prennent plus d'intensité : c'est dans cet état qu'il me fait appeler. Tous les moyens rationnels et empiriques avaient été épuisés ; l'a- cupuncture seule n'avait pas été employée ; je la lui propose, et je me sers de deux aiguilles or- dinaires auxquelles je fais une tête en cire ; je les place de chaque côté, un peu au-dessus de la partie postérieure de la crête de l'os des îles , en

i24 TRAITE

les enfonçant dans l'épaisseur du muscle long dorsal. Les aiguilles restèrent une heure et demie. Le malade commença par éprouver un engourdis- ment dans les parties douloureuses et un cha- touillement incommode dans la partie gauche du scrotum seulement; enfin la douleur disparut, et le malade put se redresser. Trois jours après. les douleurs se firent sentir de nouveau , mais moins vivement ; nouvelle application d'aiguilles , et cessation des douleurs, qui n'ont pas reparu depuis le 4 février jusqu'à ce jour, 1 2 juillet 1 8a5,

5oc Observation : Céphalalgie chronique; (communiquée par M. le docteur Magnien. )

Au commencement de février 1808, me trou- vant à Lisbonne, j'étais arrivé avec l'armée, en qualité de médecin du quartier-général de M. le duc d'Abrantès, je fus pris d'une névralgie excessivement douloureuse du côté gauche de la tête; la douleur était tellement circonscrite, qu'elle n'occupait que la bosse pariétale de ce côté. Pensant devoir attribuer cette névralgie aux ali- mens échauffans, an vin de Porto et aux liqueurs, dont nous faisions usage et souvent abus, je me mis à un régime adoucissant et pris quelques an- tispasmodiques dont je n'éprouvai aucun soula- gement. Bien que je n'aie pas eu de fièvre , le-

DE L'ACUPUNGTl RE. . 25

douleurs atroces que j'éprouvais et le régime que l'observais nie firent tomber dans un grand étài de maigreur. Pendant deux mois à peu près mie

je ressentis ces douleurs , je n'ai eu de inouïe n s de relâche que ceux que me procuraient la musique et la danse ; c'est pourquoi ja'llais au spectacle tous les soirs , et dans le jour, je dansais souvent seul dans une chambre ; mais je n'éprouvais que des soulagemens momentanés. Enfin, au bout de deux mois de souffrance, M. le duc, voulant donner une fête au château de Hainaillon prés Lisbonne, me pria, si je m'en sentais ta force, d'en surveiller les apprêts. Persuadé que le concert et les danses qui devaient avoir lieu me soulageraient, je n'hésitai point à me charger de tous les soins de cette fête, qui dura trente- six heures, et pendant laquelle, abandonnant mon régime , je mangeai et bus comme en pleine santé , je dansai et suai abondamment. Dès ce moment , la douleur disparut entièrement, et je ne l'ai jamais ressentie depuis. A la disparition de la douleur succéda un gonflememt lardacé du cuir chevelu recouvrant la bosse pariétale gauche , gonflement d'une telle sensibilité, que je redou- tais l'approche d'un peigne et même d'une brosse : cet état durait encore au mois de janvier der- nier , et les tégumens recouvrant la bosse pa- riétale droite , déjà gonflés, me faisaient éprouver

i s6 TRAITÉ

une sensibilité qui menaçait déjà d'égaler celle du côté gauche. À cette époque j'eus connais- sance des succès qu'obtenait. M. J. Cloquet par l'acupuncture : je le priai, en désespoir de cause , de m'introduire une aiguille entre la bosse parié- tale gauche et les téguniens. Quoique sentant bien l'attouchement de la main de l'opérateur , je n'éprouvai aucun sentiment douloureux de l'in- troduction de l'aiguille ; bientôt après je ressentis une douleur très-vive à la place de l'aiguille ; et, m'apercevant que la sensibilité diminuait dans les parties environnantes, je gardai l'aiguille pen- dant vingt-quatre heures; j'éprouvai une douleur extrêmement vive en la retirant. M'apercevant le lendemain que la sensibilité était de beaucoup diminuée , je me suis introduit, à différentes re- prises , deux aiguilles sur chaque bosse pariétale ; et, en quatre Ou cinq acupunctures de vingt-quatre à trente-six heures chacune , je me suis vu entiè- rement débarrassé et du gonflement et de l'exces- sive sensibilité de cette partie.

Il me reste à parler d'une incommodité beau- coup plus grave dont je suis atteint depuis 1811, incommodité qui , sans être guérie^ à beaucoup près , a été sensiblement diminuée par l'acupunc- ture secondée par le galvanisme.

En février 1811 , me trouvant à Ciudad-Ro- drigo , j'étais encore médecin du quartier-gé-

DE LACOPUNCTURE. . ■>•;

lierai , fe fus pris subitement d'une fail tés extrémités supérieure et inférieure du <•<>!;• gauche. J'éprouvai d'abord si peu de gêne dans les membres de ce côté, que je ne m'en occupai pas, dans l'espérance que cela se dissiperait, at- tendu qu'aucun antécédent ne faisait craindre une attaque d'apoplexie ; en effet ; je n'ai jamais été sujet à saigner par le nez, même dans mon enfance ; j'ai bien éprouvé quelques éblouisse- mens depuis l'âge de i5 ans jusqu'à près de 4°, mais ils n'étaient pas de longue durée, et se ter- minaient toujours par un léger mal de tête; je ne crois pas devoir attribuer ces éblouissemens à d'autre cause qu'à une constipation teliemen! opiniâtre , que je ne vais pas plus de deux fois à la garde-robe par semaine. Cependant cette fai- blesse, loin de diminuer depuis i5 ans, a sensi- blement augmenté, surtout à la main, dont, à la vérité, j'ai fait trop peu d'usage , et si la jambe s'est proportionnellement moins affaiblie, cela vient sans doute de ce que j'ai toujours pris beau- coup d'exercice.

Inquiet de ia faiblesse de ma main . après avoir vainement pris des douches d'eau de Ba+ règes , après m'étre fait frictionner et éleciriser , j'ai pensé que le galvinisme pourrait me soulager: en conséquense je me suis fait galvaniser par commotion , une trentaine de fois , pendant dix

128 TRAITÉ

minutes chaque fois, le bras et la jarnbe^auche: n'en ayant encore obtenu aucun succès, j'ai em- ployé l'acupuncture secondée par le galvanisme, c'est-à-dire que me faisant planter des aiguilles dans tous les muscles de l'épaule , même dans le sous-scapulaire , dans le triceps brachial et dans le deltoïde , puis plaçant une main dans un vase il y avait de l'eau dans laquelle plongeait un conducteur aboutissant au côté négatif, je faisais armer un second conducteur aboutissant au côté positif d'un excitateur avec l'extrémité duquel on touchait successivement toutes les aiguilles , et chaque attouchement me donnait une com- motion dont la force était en raison du nombre d'élémens compris entre les deux pôles de la pile : je supportais ces commotions pendant dix minutes, et dans ce court espace de temps toutes les aiguilles s'oxidaient d'une manière remarqua- ble ; et , comme dans l'acupuncture simple , leur sortie était toujours plus pénible que leur intro- duction. Pour galvaniser l'extrémité inférieure , je me faisais introduire les aiguilles dans les mus- cles fessiers et dans le fascia-lata, puis plongeant mon pied dans un vase contenant de l'eau salée , j'opérais comme pour le bras. Je me servais de la pile à auges et je recevais d'assez fortes com- motions en la chargeant seulement avec de l'eau salée et un peu de vinaigre , commotions qui

DE L'ACUPUNCTURE. 129

russont été à peine sensibles, s'il n'y avail pas eu d'aiguilles implantées dans les muscles. Vingt séances ont rendu à l'extrémité supérieure double de force qu'elle avait auparavant : quant à l'extrémité inférieure , je n'y trouve qu'une amélioration moins remarquable.

5 Ie Observation : Névralgie sciatique , ( recueillie par le docteur Tehv).

Le nommé Pelletier, maçon, âgé de vingt- neuf ans, se ressentait depuis quatre ans de dou- leurs intermittentes. Hors d'état de travailler depuis un mois, il vint à l'Hôtel-Dieu le 10 jan- vier 1820. A son arrivée, on lui fit pratiquer une saignée du bras , qui ne fut suivie d'aucun effet. Les cinq jours suivans,le malade ne pouvait se tenir couché que sur le ventre . à cause du mal qu'il ressentait dans les reins et le haut des fesses. Un vésicatoire fut appliqué au-dessus de cette région ; il produisit un mieux sensible. Trois jours après , un autre , appliqué sur le mollet . n'eut aucun effet; même insuccès pour un troi- sième : un quatrième , mis sur la face dorsale du pied, soulagea immédiatement; mais les dou- leurs premières ayant reparu , on se décida à appliquer un moxa au-dessus du premier vési- catoire.

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i5o TRAITE

Ces moyens énergiques n'ayant eu aucun ré- sultat, il fallut avoir recours à un autre mode de traitement , l'acupuncture.

Le malade était dans l'état suivant :

Il ne pouvait ni s'asseoir, ni ployer les jambes, ne se trouvait un peu soulagé qu'en marchant avec des béquilles; mais au bout d'une heure, il était forcé de se recoucher et de changer à tout instant de position.

Cinq aiguilles furent d'abord appliquées en dif- férens endroits du mollet et sur la cuisse. La jambe devint très-engourdie ; aucun soulagement marqué.

Le lendemain , deux autres mises , l'une au- dessous de l'espace poplité , l'autre au bas de la jambe, mirent le malade en état de marcher sans béquilles.

Une troisième application de cinq aiguilles , placées tant transversalement que longitudinale- ment en difFérens endroits, fut suivie d'un succès tel , que le malade , radicalement guéri , et ne ressentant aucune douleur , ne pensa plus qu'à faire sécher son moxa pour demander sa sortie , qui eut lieu le 1 1 février.

52e Observation: Névralgie sciatique , (recueillie pav le docteur Tehy.)

Le nommé Maurice , aide de cuisine , âsré de

DE L'ACUPUNCTURE. i3i

vingt-deux ans , tourmenté depuis deux mois de douleurs dans l'articulation côx6-fémorale,navàil

cessé de travailler le premier mois , au bout du- quel il fut forcé de se mettre au lit.

Un médecin appelé lit appliquer trente sang- sues sur cette région ; eiles ne produisirent au- cun effet. Un vésicatoire volant, s'étendant depuis cette articulation jusqu'à la partie antérieure du genou, fut appliqué neuf jours après par le même praticien ; il en résulta quelque soulagement ; mais cinq jours furent à peine écoulés que les douleurs reparurent avec leur première intensité vers le haut de la fesse.

Le malade vint en voiture à l'Hôtel-Dieu. Un moxa fut appliqué sur cette partie ; les souf- frances furent calmées, mais le malade était dans l'impossibilité de se tenir debout.

Passé dans le service de M. Hussonle 4 février, l'emploi de deux aiguilles, prolongé durant cinq heures au-dessous du moxa , mirent le malade en état de se promener sans béquilles.

Quatre autres aiguilles, mises successivement à la partie antérieure de la cuisse , à sa face in- terne et au-dessous du genou, achevèrent La guérison du malade , qui , à l'abri de ses pre- mières souffrances , sortit le 12 février.

La marche était on ne peut plus facile.

i3a TRAITÉ

53e Observation : Névralgie scialique , (recueillie par le docteur ïehy).

Le nommé Bergeron , âgé de trente-neuf ans , commissionnaire-frotteur , demeurant rue Saint- Denis, 49? fut pris de douleur dans la cuisse, à l'âge de vingt ans; il était alors domestique dans une ferme. Cette douleur dura six mois : le beau temps seul en triompha. Huit ans se pas- sèrent ainsi , et ce n'est que depuis un an que la récidive eut lieu ; mêmes souffrances que les pre- mières pendant l'espace de deux mois ; elles cé- dèrent encore Ta la saison , et ce n'est, au dire du malade , qu'à la suite d'un tour de rein , en por- tant un fardeau , qu'elles se manifestèrent de nouveau le jour de Noël 1824.

Dès ce moment , des douleurs de jambe très- intenses furent suivies d'une grande difficulté dans la marche , ce qui n'avait pas encore eu lieu : motif pour lequel le malade se décida à entrer à l'Hôtel-Dieu le 5 janvier 1825.

M. Petit (car c'est toujours de ce dernier , ^ 'ainsi que de M. Husson , dont je fais mention pour l'emploi des differens modes de traitement ) , M. Petit, dis-je , fit appliquer, huit jours après, quatre ventouses scarifiées au mollet, à la mal- léole externe , au-dessous de genou et à la fesse ;

DE L'ACUPUNCTURE. 1 53

elles n'eurent aucun bon résultat. Le malade fut laissé tranquille environ pendant quinze jours ; il n'éprouvait de soulagement que quand un vé- sicatoire qu'il portait était en pleine supuratioit : se tarissait -elle , les douleurs reparaissaient.

Au mois de février, on fît appliquer une ai- guille sur la cuisse dans la direction du nerf fé- moro-poplité ; à peine introduite , disparition de la douleur.

Huit autres aiguilles appliquées sur le trajet du nerf étaient suivies , au dire du malade , d'un sentiment d'irradiation vers la pointe de l'aiguille ; elles eurent un plein succès. Le malade se trou- vait si content de sa position, qu'il sautait de joie en demandant sa sortie.

54e Observation : Névralgie sciatique , (recueillie par le docteur Tehy).

Le nommé Jean Guebhard, Allemand, âgé de quarante-huit ans , employé au service militaire depuis l'âge de douze ans, fut attaqué, à la suite d'une très- longue et dure captivité, de douleur dans l'articulation coxo-fémorale , à la partie anté- rieure de la cuisse jusqu'au genou, et dans tout le trajet du nerf sciatique.

Plongé dans la plus affreuse misère , de retour à Paris pour aviser aux moyens de gagner sa vie, il fut pris sans passe-port pour un vagabond , et

î54 TRAITÉ

envoyé comme tel dans les prisons ; enfin , re- commandé par la police , il arriva à l'Hôtel-Dieu le i4 février 182 5.

Le malade présentait l'état suivant : il ne pou- vait marcher sans béquilles ; la cuisse gauche était tout-à-fait insensible à la pression du doigt , au point qu'il nous dit que le feu avait pris à son pantalon sans qu'il s'en fût aperçu.

La cuisse droite était plus malade encore ; des douleurs excessives se faisaient ressentir dans tout le membre , en partie atrophié.

A son arrivée , le malade se plaignit d'un sen- timent de froid glacial.

Cinq aiguilles furent appliquées à la partie antérieure de la cuisse. Au moment même dés piqûres , le malade accusa une sensation toute particulière sur cette région. Ce moyen fut suivi d'un effet tel, que la sensibilité reparut, au point qu'il se plaignit fortement quand on le pinçait avec les doigts. Le même soir , une nouvelle ap- plication de cinq aiguilles fut faite sur la cuisse gauche; même résultat, sensibilité encore plus exquise. Le malade marcha déjà assez facilement; il fit un projet de départ.

Enhardi par un succès aussi prompt, on lui en réappliqua le 18 et le 19, d'après sa demande , sept sur la face dorsale du pied et le long de son bord externe.

DE L'ACUPUNCTURE. i55

Le 20 , marche très-facile , nullement doulou- reuse.

Le 21, on le trouva levé; il se promenait de- puis le matin, attendant impatiemment la visite du médecin pour demander sa sortie , et aller, di- sait-il, gagner de l'argent afin de servir les Grecs.

55e Observation : Névralgie sciatique, (recueillie par le docteur Tehy).

Le nommé Delarue, âgé de trente-quatre ans, employé dans les Droits-réunis, et en cette qua- lité forcé de visiter les caves, fut pris de douleurs dans les lombes après avoir passé une nuit au bal.

Arrivé à l'Hôtel-Dieu le 4 mars, le malade nous dit qu'il était sujet à ces douleurs depuis deux mois; quelles ne duraient qu'un jour ou deux, pour reparaître ensuite avec plus ou moins d'in- tensité ; qu'à ces maux de rein avait succédé une douleur si aiguë dans tout le trajet du nerf scia- tique, qu'il ne pouvait marcher, raison pour la- quelle il s'était décidé à venir à l'hôpital.

Depuis quatre jours seulement les douleurs avaient cédé à l'emploi de l'huile de laurier en friction, et avaient été remplacées par un état d'insensibilité de la peau, et engourdissement tel, que le malade 'ne sentait absolument que son gros orteil. A son dire . le restant du membre était comme m#r(.

i36 TRAITÉ

Du reste, toutes les fonctions dans leur inté- grité complète.

Le 6, deux aiguilles enfoncées durant trois heures , l'une à la cuisse , l'autre au mollet , mirent le malade en état de faire deux tours de salle sans se reposer. Il disait sentir un mouvement de bouil- lonnement, le sang descendre : ce sont ses propres expressions.

Je crois qu'il n'est pas inutile de noter ces dif- férentes nuances de sensations, qui pourront peut-être un jour nous éclairer sur ce mode d'ac- tion, qui jusqu'à ce moment nous est tout-à-fait inconnu.

Le 7 et le 8, douze autres aiguilles appliquées en différens endroits de la jambe et du pied, dis- sipèrent entièrement l'engourdissement, et ra- menèrent la sensibilité et la chaleur.

Le 9, sortie du malade.

Ces faits, de la plus haute authenticité, nous montrent évidemment l'action de l'acupuncture dans la névralgie fémoro-poplitée.

56e Observation ; ( recueillie par M. Dronsart, à l'hôpital de la Charité, dans les salles de M. Fouquier. )

« Le nommé Tête est un homme fort ; il est entré dans les salles de M. Fouquier avec une

DE L'ACUPUNCTURE. . >

névralgie sciatique, contre laquelle avaient échoué

successivement deux applications de vingt sang- sues chaque , deux applications de ventouses sca- rifiées, et deux vésicatoires secondés de l'admi- nistration intérieure de l'opium : je proposai à M. Fouquier de lui pratiquer l'acupuncture. En ayant obtenu la permission , j'enfonçai une aiguille à la profondeur de huit à neuf lignes sur le point que le doigt du malade me signala comme le plus douloureux ( c'était le point correspondant à l'é- chancrure sciatique) ; je le fis communiquer avec le sol au moyen du conducteur adopté par M. J. Cloquet, et dix minutes après j'interrogeai le ma- lade sur ses sensations : il me dit que l'introduc- tion de l'aiguille avait été assez douloureuse, mais que cette douleur, aussi-bien que celle du nerf, était presque passées, et qu'il ne lui restait ptôs que de l'engourdissement dans la jambe et le pied. C'était vers sept heures et demie que j'avais acupuncture , et je ne revins voir ce malade qu'à neuf heures environ ; alors la douleur du nerf était complètement passée ; celle de la piqûre dis- parut presque tout-à-fait, et il ne resta plus que l'engourdissement de la jambe, dont j'ai parlé plus haut. Tel était l'état je laissai Tète le 1 1 janvier; je le revis le lendemain, et sa première parole fut un remercîment pour la bonne nuit que je lui avais fait passer. Le i5 et le 14, le bien

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être persistait , quoique l'opium eût été supprimé ; Tête croyait sa guérison très-avancée , puisqu'il ne restait plus d'une douleur lancinante qu'un peu d'engourdissement dans la jambe : dans la unit du i5 au 16, à la suite de quelques efforts de toux, la douleur primitive reparut dans toute son inten- sité. Il en était de même le lendemain à la visite , et c'est alors que M. Fouquier me fit appliquer deux aiguilles , l'une à la cuisse , près de la pre- mière piqûre, et l'autre sur un point très-doulou- reux de la jambe ; j'établis une communication entre elles au moyen d'un fil métallique , et de l'anse formée par celui-ci, j'en fis partir un se- cond pour aller plonger dans une solution saline contenue dans un vase de métal.

Quant aux circonstances et aux effets de ces acupunctures, à part l'aiguille de la jambe qui causa d'assez vives douleurs, quoique enfoncée de quatre ou cinq lignes seulement, qu'il me suffise de dire qu'ils furent en tout semblables à ceux de la première opération : les aiguilles en- levées, Tête ne sentit presque plus rien, et se crut guéri une seconde fois; mais quatre heures après, de nouveaux efforts de toux avaient ra- mené les douleurs.

Ici se termine cette intéressante observation pour ce qui est relatif à l'acupuncture, car le ma- lade a maintenant sur le membre deux I^èes

DE L'AÇUPUNCl l RE.

s. ->icatoires, et l'acupuncture n'a plus été prati- quée. »

Rentre dans mon pays natal, j'eus bientôt oc- casion de poursuivre les expériences de M. J. <ll«v- quet sur l'acupuncture , et de me convaincre de, plus en plus de ses heureux effets. Voici trois observations sur une trentaine de réussites en deux mois. Ma pratique particulière ne m'a d'ail- leurs rien appris de nouveau à ce sujet.

5"/ Observation : Douleurs rhumatismales.

Le nommé Legarec, âgé de 40 &&$ environ, douanier, demeurant près Vannes, était atteint depuis -quatre ans d'une affection rhumatismale aux extrémités inférieures . mais surtout à la gauche. Depuis plus de deux ans les muscles étaient dans un tel état de contraction perma- nente que la jambe était derni-fléchie. ce qui forçait le malade à se servir d'une béquille quand il voulait faire quelques pas. Les tendons se des- sinaient en forme de cordes dans toute la cuissr droite et quelques endroits de la jambe corres- pondante. Au membre inférieur droit . il v avail seulement de la roideur. de la gène dans les mou- vemens; cet état de contraction était accompagna de douleurs violentes, éveillées par la moindiv tentative de mouvemens. Cette affection prove- nait probablement de ce que le malade était ap-

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pelé> par état à passer les nuits sur des marais, exposé à toutes les intempéries. Il , est à peine nécessaire de dire que cette affection le mit bien- tôt dans l'impossibilité de continuer ce service pénible et lui valut sa retraite. Ayant appris que je connaissais un moyen de combattre avanta- geusement les douleurs, ce malade vint me trou- ver, le i'4 mai 1826. Je désespérais d'abord de le guérir. Voulant cependant essayer l'acupuncture , je lui demandai il éprouvait le plus de douleur, et lui introduisis deux aiguilles dans deux muscles de la cuisse fortement tendus ; une heure après ces muscles devinrent plus souples , et le malade se sentit un peu soulagé. D'après cet essai favo- rable le malade revint me trouver huit jours après pour user plus convenablement de ce moyen cu- ratif, quoique l'affection fût alors revenue au même point qu'auparavant. Il suffit de dire que pendant plusieurs jours j'introduisis des aiguilles dans tous les muscles contractés que le malade m'indiquait lui-même : il en eut quelquefois huit ou dix à la fois dans le membre inférieur gauche ; je les lui retirais huit ou dix heures après. Au bout de huit jours il n'y avait plus de muscles contractés; les roideurs du membre droit avaient aussi cédé à quelques acupunctures; le malade n'éprouvait plus que de légères douleurs par la marche. Quatre jours encore d'acupuncture suf-

DE L'ACUPUNCTURE. 1 4 ,

firent pour rendre la guérison complète. Comme il était peu fortuné, je le renvoyai en lui disant çjue je ne consentirais à rien recevoir de lui, que dans le cas sa guérison serait assurée. Un mois après environ, il vint me trouver plein de joie : il marchait tout aussi bien que s'il n'avait jamais été malade, et me dit alors que le jour même je le renvoyai chez lui , il fit huit lieues à pied sans avoir hesoin de canne. Aujourd'hui, 20 juillet, il n'est survenu aucune gêne dans la marche; les douleurs n'ont point reparu.

58e Observation : Céphalalgie chronique.

Madame Mohé, âgée de 54 ans, demeurant place du Marché au seigle, à Vannes, éprouvait depuis deux mois, à la tête, des douleurs telle- ment vives, qu'elle ne pouvait garder le moindre repos la nuit ni le jour; la seule position elle se trouvait un peu soulagée, c'était quand elle s'appuyait la tête sur ses genoux en la serrant de ses deux mains; la douleur sa répandait alors vers le sommet de la tête. Elle s'attendait si bien à ne pas goûter de repos pendant la nuit qu'elle ne se déshabillait pas. La cause de cette affection ne lui était pas connue ; quand elle s'est présentée à moi (le 20 mai 1825.) les douleurs se faisaient vivement sentir dans toute la tète . mais plus par-

i4^ TRAITE

ticulièrernent dans la région des tempes; elles augmentaient à la pression , et consistaient en des élancemens qui, partant du cuir chevelu, se faisaient sentir profondément dans la tête. Je lui introduisis une aiguille à chaque tempe et la ren- voyai chez elle. Le lendemain elle vint me dire qu'elle était parfaitement guérie ; qu'elle était à peine sortie de chez moi qu'elle s'était sentie con- sidérablement soulagée ; elle avait parfaitement dormi toute la nuit : je lui retirai alors les ai- guilles, et aujourd'hui, 20 juillet, il n'est rien survenu de cette affection.

59e Observation : Céphalalgie

Madame M***, âgée de 35 ans, demeurant rue de la Fontaine, à Vannes, éprouvait depuis huit mois des douleurs vives à la tête ; eHes en occu- paient tantôt un côté , tantôt l'autre ; elles se fai- saient sentir par élancemens, ordinairement trois ou quatre jours de suite , et puis il y avait deux ou trois jours de repos. Pendant l'accès elles troublaient le sommeil ; la malade se trouvait sou- lagée quand elle s'appuyait sur le côté doulou- reux. Q uand elle se présenta à moi ( le 8 juin 1 82 5) les élancemens se faisaient sentir du côté droit de la tête; j'y introduisis une aiguille et renvoyai la malade : la douleur ne se calma guère le reste de

DE L'ACUPUNCTURE, i \i

la journée, mais le soir la malade dormit parfai- tement, et le lendemain l'affection avait entière- ment disparu de la tête, mais il y avait à l'épaule gauche une douleur assez forte pour rendre la respiration très-pénible et les mouvemens du bras impossibles. Une aiguille fut introduite au point le plus douloureux de l'épaule ; cinq minutes après, soulagement considérable, respiration très- facile; la malade ne put cependant lever le bras sans douleur qu'au bout d'une heure, la gué- rison fut complète. Le 20 juillet il n'était rien survenu de cette affection.

i/f4 TRAITÉ

TROISIÈME SÉRIE D 'OBSERVATIONS.

Elle renferme les cas plus de trois acupunctures ont e'te néces- saires pour la cure de la maladie.

60e Observation : Rhumatisme musculaire.

Le nommé Soucieux (Louis-Guillaume), âgé de 52 ans, sellier, d'une taille moyenne et d'une forte constitution , entra à l'hôpital Saint-Louis le 5 octobre 1824, pour y être traité d'un rhu- matisme à l'épaule gauche. Ayant été militaire pendant plusieurs années, il attribuait ses dou- leurs à une chute de cheval qu'il fit alors sur cette épaule. Ces douleurs n'étaient guère sen- sibles que dans les variations atmosphériques; mais au mois d'août dernier, elles se manifestè- rent par des élancemens qui irradiaient du sommet de l'épaule et du bord postérieur du creux de l'aisselle vers les parties voisines ; elles empêchaient le malade de porter la main à sa bouche. Cinq bains de fumigations aromatiques avaient un peu diminué ces douleurs, sans faciliter aucunement lesmouvemens du bras, lorsque, le 21 novembre 1824. M. J. Cloque t songea à employer l'acupunc- ture. Il introduisit une aiguille à la profondeur d'un pouce environ, dans les muscles grand dor- sal et sous-épineux. L'introduction fut à peine

DE L'ACUPUNCTURE. i ',.">

sensible. Pendant la première minute, aucun changement. Ala deuxième minute, auréole ron- geâtre autour de l'aiguille, dans, 1 étendue d'un demi-pouce environ; élancemens moins vifs, léger engourdissement, mouvemens un peu plus faciles. Le malade accusa alors de la douleur vers le muscle grand rond. On y introduisit une aiguille sans reti- rer l'autre. Cinqminutes environ après la première opération, les aiguilles ayant été retirées, le ma- lade put porter la main au-dessus de la tête, sans l'aider de celle de l'autre côté, et put faire exé- cuter au membre des mouvemens de rotation. Pendant la nuit de légères douleurs se manifes- tèrent vers le bord supérieur du trapèze. Le 22 M. J. Cloquet introduisit deux aiguilles de ma- nière à transpercer ce muscle. Les douleurs d'ail- leurs très-légères diminuèrent encore. Les mou- vemens n'en étaient pas moins aussi faciles et aussi étendus qu'après la première acupuncture. Après une troisième acupuncture au muscle tra- pèze, la douleur ne disparut pas encore entiè- rement. Le 25, elle résista au même moyen. Il était survenu pendant la nuit des élancemens vers le muscle sous-scapulaire. M. J. Cloquet y in- troduisit une aiguille par le creux de l'aisselle. Une minute après , les douleurs s'étendirent jus- qu'à la partie supérieure de l'épaule, qu'elles quittèrent de suite. Après deux minutes elles 1. 10

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abandonnèrent l'aisselle. On retira l'aiguille au bout de cinq minutes environ , et tous les mou- veinens du bras devinrent extrêmement faciles. Le 26, il n'y avait plus de douleur qu'au muscle trapèze, encore était-elle à peine sensible. On prescrivit des bains de vapeur. Huit ou dix jours après, aucune gêne n étant survenue dans les rnou- vemens de l'articulation de l'épaule, le malade sortit de l'hôpital.

61e Observation : Névralgie poplitée et plantaire.

Le nommé Delaunay ( Etienne -Maximilien), âgé de 38 ans , d'une forte constitution et d'une haute stature , cocher , en soulevant une voiture il y a trois mois, environ , éprouva dans la région lombaire un sentiment de craquement suivi de lé- gères douleurs. Quelque temps après il se mit à frotter des appartenons, mais il ressentit aussitôt dans la cuisse gauche des douleurs vives, qui s'é- tendirent de la face externe de la jambe jusque sous la plante du pied. Ces douleurs consis- taient en un engourdissement continuel et en picotemens ou élancemens très-pénibles; elles augmentèrent promptement , et les accès en de- vinrent bientôt si violens et si rapprochés , que le malade fut obligé de suspendre ses tra- vaux. Lorsqu'il se présenta à nous le 10 décembre

DE LACUPUiNCTIRE. i\:.

1824, il était courbe en avant, boitait, et pou- vait à peine poser le pied sur le sol. Il nous dit au reste que des frictions irritantes et des appli- cations narcotiques ne l'avaient pas soulagé, et que depuis plusieurs jours il était privé du som- meil. M. J. Cloquet introduisit une aiguille dans la face externe du mollet gauche, et il y adapta un conducteur. Au bout de cinq minute» les douleurs augmentèrent , des élancemens vifs et brusques firent pousser des cris au malade, et l'obligèrent à marcher en s'appuyant sur l'autre pied, pour se distraire de sa souffrance. Après vingt minutes, il éprouva dans tout le membre un sentiment de constriction qui fut suivi de cha- leur et dune diminution manifeste dans les dou- leurs. Elles étaient cependant encore plus vives qu'immédiatement avant l'introduction de l'ai- guille. Au bout de trois quarts d'heure, calme presque parfait. Il n'y avait plus qu un léger sen- timent de constriction. Au bout d'une heure, (l'ai- guille étant toujours en place) , le malade essaya démarcher ; alors les douleurs vives et lancinantes reparurent à la plante du pied surtout. On y in- troduisit une autre aiguille, à laquelle on adapta un conducteur métallique. Quelques minutes après le malade put tenir son pied sur une chaise, position auparavant impossible. Les aiguilles avant été retirées au bout d'une heure et demie.

148 TRAITÉ

on y remarqua une oxidation très-forte. Le ma- lade souffrait moins qu'avant l'acupuncture et marchait mieux; il éprouvait cependant encore des élancemens de temps à autre. Le 1 5, les dou- leurs étaient bien moindres qu'avant l'acu- puncture ; il n'y avait plus guère que de l'engour- dissement à la plante du pied. Elles n'avaient pas empêché le malade de dormir. Il marchait aussi un peu plus facilement. Les douleurs étant en- core fortes vers l'extrémité supérieure du péroné, on y introduisit une aiguille armée d'un conduc- teur métallique. Au bout de quelques minutes , engourdissement moindre à la plante du pied. La douleur devint plus vive au mollet, après quinze minutes ; après trente, elle fut remplacée par un sentiment de constriction : l'aiguille fut ajors reti- rée. Pendantcette acupuncture, il ne se manifesta pas d'élancemens, lors même que le malade faisait des mouvemens ayant encore l'aiguille. Le 17, il n'était pas revenu de douleurs au mollet ni à la plante du pied; il y en avait encore à la partie supérieure du péroné. On introduisit une aiguille à cet endroit. Après huit minutes, douleurs moin- dres, sentiment de constriction. Après quinze, le malade ne souffrait nulle part étant assis. La mar- che développait encore de vives douleurs. Après vingt minutes, l'aiguille étant retirée, la marche fut encore îégèrementdouloureuse. Ce qu'il va de re-^

DE L'ACUPUNCTURE. i ig

marquable, c'est que le malade prétendai t faire < és- sér complètement ses douleurs en n'expirant pas cl en contractant fortement le diaphragme comme pour expulser les matières fécales. Le 20, il exis- tait encore de la douleur au môme endroit, mais moins forte que le 17. Le malade avait pu se coucher sur le côté affecté, ce qu'il n'avait fait depuis plus de trois mois. Au bout d'une heure d'acupuncture, l'aiguille ayant été retirée, il mar- cha , frappa du pied sans éprouver la moindre douleur. Ayant repris ses travaux , de trop gran- des fatigues développèrent , le 2 1 , un sentiment de chaleur le long de la face externe de la jambe , depuis le genou jusqu'à la plante du pied. Une acupuncture pratiquée vers la tête du péroné dissipa bientôt ce sentiment incommode. Cinq ou six jours après, le malade parfaitement guéri est venu remercier M. J. Cloquet des soins qu'il lui avait donnés. Trois mois après, aucun symptôme n'avait reparu.

62e Observation : Epigastralgie ; (communiquée par Le

malade).

M. De Prémorel, ancien garde du corps de S. M. et capitaine au 7e régiment de ligne, ayant assisté aux expériences de l'acupuncture faites à l'hôpital Saint-Louis, par M. J. Cloquet 7

i.5o TRAITE

le consulta sur des douleurs continuelles qu'il éprouvait depuis sept à huit mois, en divers en- droits de la région épigastrique ; mais M. C lo- quet n'ayant pas cru que le siège des douleurs fût suffisamment indiqué, crut devoir ajourner l'acu- puncture.

Cependant, les douleurs s'étant manifestées plus vivement à la droite de l'appendice xiphoïde, M. de Prémorel se rappelant les effets étonnans et subits de l'acupuncture, effets dont il avait été témoin , voulut se pratiquer lui-même cette opé- ration.

Il acheta quelques aiguilles dites à reprise % longues et fines, et s'en introduisit une sur le point douloureux à la profondeur d'un pouce , puis il y adapta un conducteur métallique dont il plongea l'extrémité dans un vase rempli d'eau salée.

Au, bout de trois quarts d'heure, il fut sensible- ment soulagé, et voulut retirer l'aiguille : lui et son frère l'essayèrent en vain; il prit alors une pince, et à l'aide de cet instrument il retira l'ai- guille , qui était fortement oxidée.

Les douleurs se renouvelant le lendemain , nou- velle acupuncture et nouveau soulagement.

Enfin une troisième acupuncture délivra M. De Prémorel de toutes ses douleurs, qui depuis quinze jours n'ont pas reparu.

DE L'ACUPUNCTURE. r&i

63* Observation : Douleur: suite de contusion.

Le nommé Grandjean (Laurent-Guillaume), âgé de 59 ans, perruquier, était tombé sur l'é- paule droite trois semaines avant de venir trou- ver M. J. Cloquet. Des compresses trempées dans de l'eau blanche furent appliquées pendant huit jours sur l'articulation malade, mais n'em- pêchèrent pas cette partie de contracter une très- grande raideur. Le 21 décembre 1824, les mou- vemens étaient si pénibles, que le malade ne pouvait se déshabiller. Les efforts pour mouvoir le bras lui arrachaient des cris. Il ne pouvait l'ap- procher du tronc , ni le lever, encore moins le porter en arrière (on s'assura qu'il n'y avait pas de luxation ). La moindre toux donnait une commotion douloureuse dans l'épaule, et les douleurs se prolongeaient jusque dans le bras. On introduisit trois aiguilles dans le moignon de l'épaule. Au bout de trois minutes, auréole peu prononcée , douleurs plus vives. On retira les aiguilles après quarante-cinq minutes, sans que les douleurs aient sensiblement diminué. Mais quelques heures après, le malade se trouva soulagé au point qu'il était décidé à ne plus venir nous trouver. Le 2/4, les douleurs étant revenues aussi fortes qu'auparavant, mais plus prononcées

i52 TRAITÉ

dans le bras que dans lepaule , on introduisît deux aiguilles dans le bras. Au bout dune heure les douleurs du bras disparurent, celles de l'é- paule diminuèrent un peu. Pendant la nuit , les douleurs de l'épaule augmentèrent, Le 5o, les mouvemens seuls de l'articulation les rendaient sensibles. Celles du bras n'avaient pas reparu. Le malade ne pouvait porter le membre au-de- vant de la poitrine; il le levait sans souffrir, mais la douleur se manifestait quand il l'abaissait. On introduisit une aiguille à la partie antérieure de l'épaule. Au bout d'une demi-heure, le malade porta le bras au-devant de la poitrine sans res- sentir la moindre souffrance ; en l'abaissant , il en éprouvait encore, mus beaucoup moins. Le 4 jan- vier, cette douleur existait encore quand Grand- jean baissait le bras, et l'acupuncture ne fit ce jour-là que la diminuer. Le il, elle avait entiè- rement disparu. Le malade reprit ses travaux. Le i5, il n'était revenu aucun symptôme de la maladie.

64e Observation : Névralgie scia tique.

Le nommé Piault ( Louis ) , âgé de 60 ans . concierge , fut pris sans causes connues , au commencement du mois d'août 182^, de dou- leurs vives à la cuisse droite; ces douleurs s eten-

DE L'ACUPUNCTURE. i55

dirent ensuite le long de la partie externe et pos- térieure de cette partie et de la jambe, jusqu'au pied , en suivant le trajet des branches externes du plexus lombaire etdunerfpoplité. Au moindre mouvement, le malade sentait une corde tendue depuis l'extrémité externe du pli de l'aîne jus- qu'à la malléole correspondante. Quand il le- vait le bras droit, ce membre était comme re- tenu par un tiraillement qui venait se confondre avec cette espèce de corde et la tendait. Les dou- leurs étaient calmées par la chaleur, mais elles augmentaient tellement par la marche , que le malade pouvait à peine faire deux pas. Du reste , la pression n'était pas douloureuse , et quand il était dans un parfait repos, il ne souffrait pas ; des bains de vapeurs , des sangsues , deux vésicatoires volans, un à la cuisse et l'autre à la jambe, des cataplasmes de farine de moutarde au-dessus des malléoles, des frictions irritantes n'avaient amené qu'une légère amélioration. Le 27 décembre 1824, M. J. Cloquet introduisit une aiguille dans la cuisse, et une autre au-dessus de la molléole externe, points les plus dou- loureux (on y adapta des conducteurs). Au bout de huit minutes , douleur plus forte à la cuisse, dans les environs de l'aiguille. Ce n'est que deux minutes après que le malade put exécuter des mouvemens de flexion et d'exten-

i54 TRAITÉ

sion de la cuisse. Au bout de vingt minutes, il sentit beaucoup moins de tiraillement en levant le bras. Au bout de quarante minutes, les aiguilles retirées , le malade marcha et nous dit que les dou- leurs de la cuisse étaient diminuées , qu'il se ma- nifestait encore de légers élancemens, mais qu'ils ne montaient pas au-delà du jarret. Du reste, la douleurde la jambe était à peine changée; quel- ques heures après cependant , elle diminua éga- lement et se concentra davantage autour , de la malléole. Les douleurs restèrent ainsi beaucoup diminuées jusqu'au 3o , époque à laquelle le ma- lade ayant voulu se forcer à marcher, il se mani- festa un gonflement de l'articulation du pied , et les douleurs revinrent aussi vives qu'aupara- vant, excepté à la cuisse, elles furent moindres. Le 2 1 , quatre aiguilles sont introduites , l'une à la cuisse, deux à la jambe (au-dessus de la mal- léole externe) et l'autre au coude-pied. Au bout de deux heures, les aiguilles ayant été retirées, la marche se fit sans douleur. Seulement il y avait un tiraillement considérable à l'endroit des piqûres de la jambe. Le malade leva le bras sans éprou- ver aucun tiraillement, et il n'en éprouva pas non plus les jours suivans , quoiqu'il eût beaucoup exercé ce membre. Il força également l'exer- cice de la marche , sans éprouver les mêmes ac- cidens que la fois précédente. Le 3 janvier.

DE L'ACUPl \Cï l RE. *5fi

la douleur du coude-pied n'avait pas reparu . mais il y en avait une légère près de la inall< -mI<». et quelques ressentimens de celle de la jambe : quant à celle de la cuisse elle était devenue un peu plus vive et s'était portée plus au-devant , vers le pli de l'aîne. On introduisit une aiguille dans chacun de ces points douloureux. Après qu'elles furent retirées (au bout d'une heure en- viron ) , il n'existait plus aucune douleur. Le ma- lade passa trois jours dans cet état satisfaisant. Il était décidé à ne plus venir nous trouver , parce qu'il marchait pendant près d'une heure sans éprouver la moindre fatigue ( encore n'était-il retenu que par sa faiblesse); mais le 6 il se déve- loppa des douleurs profondes et très-vives qui , parlant de l'extrémité externe du pli de l'aine, se propageaient le long de la partie externe de tout le membre. Elles étaient accompagnées d'un sen- timent de constriction. (L'air était froid et sec, et le malade avait remarqué «que l'air humide et froid n'augmentait passes douleurs). Le 7, une aiguille fut introduite à l'endroit douloureux de l'aine el deux au mollet ( le malade demanda des con- ducteurs, croyant avoir remarqué qu'aux aiguille.* l'on omettait d'en adapter, la disparition de la douleur était moins complète). Au bout dune demi-heure, les douleurs de l'aîne augmentèrent, mais bientôt elles devinrent moindres qu'avant

m TRAITÉ

l'acupuncture. Les aiguilles furent retirées au bout dune heure. Dans le courant de la journée, la marche fut plus libre qu'elle n'avait encore été. Il n'y avait plus qu'une légère douleur à l'endroit de la piqûre de Faîne. Quand la marche avait été forcée , le malade ne ressentait à la jambe que de la faiblesse et un peu d'engourdissement. Le 8, deux aiguilles introduites au mollet et une à l'aine, laissèrent encore un peu d'engourdissement et une douleur à la piqûre de l'aine. Le 9, l'engour- dissement disparut; le malade marcha plus qu'à l'ordinaire, sans rien éprouver. Le 10 au matin , ayant senti de légers picotemens à la cuisse seulement , il vint aussitôt nous trouver. On in- troduisit une aiguille dans cette partie , et quoi- que le malade n'eût plus à la jambe d'autres traces de l'affection que de la faiblesse, il pria d'en mettre deux à la jambe et une au coude-pied, comme par précaution. Après une heure et de- mie d'acupuncture , il y eut un soulagement com- plet; il ne restait, comme les autres fois, qu'un peu d'engourdissement. Cet engourdissement augmenta les jours suivans, toutes les fois que le malade se fatigua à marcher (la faiblesse du membre ne lui permettait alors qu'environ une demi-heure de marche). Le i5 au matin, pen- dant que le malade était encore au lit , il y eut une sueur abondante à la jambe droite , et l'en-

DE L'ACUPUNCTURE. if,7

droit de tontes les piqûres se fit alors distinguer par une légère douleur. Ce phénomène ctffca quelques minutes après. Le s5, ce qui faisait différer l'état du malade de celui de santé par- faite, c'est qu'après une longue marche il lui prenait un léger tremblement au membre au- paravant affecté ; il sentait alors un faible ti- raillement le long de la partie externe. Du reste, ce tiraillement ne s'étendaient plus le long du tronc , et le gênait à peine. Cependant il demanda qu'on lui appliquât encore deux ai- guilles; on le satisfit : quinze jours après aucune douleur n'avait reparu.

65e Observation : Rhumatisme musculaire.

M. Fontaine (Pierre) , âgé de 58 ans, courtier du commerce, se présenta le il janvier i8^5 à M. J. Cloque t. Il y a six ans qu'après s'être fati- gué à danser , il éprouva au talon et à la plante du pied droit une douleur vive qui le faisait boiter. Le lendemain il ne pouvait marcher, bien qu'il n'y eût pas de souffrance dans le repos. Il se fric- tionna avec de l'eau-de-vie camphrée . et s'en trouva assez soulagé pour que le surlendemain de son accident il pût faire ses courses quoiquen boitant. Mais au bout de six semaines, les douleurs quittèrent la plante du pied pour se porter sur

i58 TRAITÉ

l'articulation tibio-tarsienne. Le malade ayant atyfrs mis son pied dans un bain de vin aromatisé, presque bouillant , la jambe se couvrit d'ampou- les depuis les orteils jusqu'au genou, et se tuméfia considérablement. Cette inflammation céda au bout de trois mois à l'emploi de cataplasmes émoi- liens et de bains simples. Le malade reprit alors ses courses malgré la douleur de l'articula- tion du pied, qui persista la même qu'avant cet accident. Trois ans après , à la suite d'une marche forcée , les douleurs se portèrent de l'articula- tion tibio-tarsienne sur celle du genou. La pres- sion y était très-douloureuse , surtout à la partie interne. Le malade y fit des frictions camphrées, qui eurent pour résultat de chasser la douleur du genou et de la répandre dans toute la cuisse. Le malade lui opposa encore le même remède , mais il fut sans effet.

Depuis un an, les douleurs s'étaient étendues en haut jusqu'à la fesse , et en bas jusqu'au mollet , en suivant la partie externe et postérieure du membre. Elles se faisaient quelquefois plus vivement sentir en travers , au-dessus du genou. Elles étaient de temps à autre lancinantes. La marche , quand elle n'était pas forcée, les calmait; mais elles étaient très vives à la cuisse quandle malade voulait, après s'être assis, soulever le membre inférieur dans l'exten- sion ou quand il portait en dedans la jambe fié-

DE L'ACUPUNCTURE. ,:><,

chic, comme dans l'action de mettre ses hottes debout. Elles augmentaient parla toux et 1\ -h-r- nuement. Quand le malade voulait soulever quel* que objet, il se manifestait une douleur vive à la cuisse , au mollet et jusqu'au coude-pied. Quand il voulait se baisser, il était obligé de se porter sur l'autre membre. Il ressentait souvent des engourdissemens dans le pied. Il y a trois mois qu'il s'était appliqué vingt sangsues à la fesse, mais elles n'avaient produit aucun soulagement. (Le 11 janvier 1826) M. J. Cloquet introduisit deux aiguilles à la fesse dans les points les plus douloureux. Ces aiguilles ayant été retirées au bout d'une heure et demie , il se développa un sentiment de chaleur au siège des anciennes dou- leurs. En se baissant , le malade n'éprouvait plus de douleur au même endroit qu'auparavant, mais bien en devant, près de la région inguinale. Il mit ses bottes debout sans rien éprouver. Il exécuta plusieurs mouvemens qui auparavant augmen- taient les douleurs ; les uns n'en développèrent plus, et les autres n'en développèrent qu'une lé- gère. La toux fut sans douleur. Dès ce jour la mar- che devint plus facile et put être prolongée davan- tage. Le malade n'eut plus besoin d'avoir recours à une manière particulière qu'il était obligé d'employer pour monter dans son lit. Le 12, la douleur de la cuisse était à peine sensible, même

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quand le malade se baissait. Celle du mollet était revenue pendant la nuit, elle était même plus forte qu'auparavant. La toux ne retentissait plus dans la cuisse , mais dans le mollet. Deux aiguilles furent introduites, l'une à la cuisse et l'autre au mollet. Elles furent retirées au bout de deux heures, et il ne resta plus que de l'engour- dissement au lieu des douleurs du mollet. Il n'y avait plus rien à la cuisse ; tous les mouvemens au- paravant douloureux étaient devenus faciles. Le reste de la journée le malade fit ses courses, sans éprouver la moindre douleur; l'engour- dissement disparut aussi. Pendant la nuit, il survint un engourdissement depuis l'épaule droite jusqu'au coude , mais si léger que les mouvemens le rendaient à peine sensible. Il s'en manifesta aussi à la tempe droite; il disparut quelques minutes après son apparition. Le i3, une ai- guille fut introduite dans la cuisse, il restait encore comme un souvenir de la douleur. Elle fut retirée au bout d'une heure. En sortant de chez M. J. Cloquet, le malade fut pris d'une dou- leur très- vive dans tout le membre inférieur droit, surtout au-dessus du genou ; mais cette douleur disparut pendant la nuit. Le 1 4, même état satis- faisant que le i5 au matin. On introduisit cepen- dant deux aiguilles, une à la cuisse et l'autre au- dessus du genou, principaux points les dou-

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tëttrs s'étaient fait sentir la veille. Au bout d ûhé heure d'acupuncture, les aiguilles ayant été reti- rées, le malade ne présenta plus le moindre symptôme de la maladie. Il ne revint plus nous trouver. Ayant eu occasion de rencontrer M. Fon- taine le 28, je l'interrogeai et il me dit qu'ayant fait de très-longues courses, il ressentait encore depuis quelques jours une légère douleur dans la cuisse (l'atmosphère était froide et humide). Au reste,, cette douleur le gênait si peu qu'il vaauait librement à ses occupations.

66e Observation : Cécile,

Mademoiselle A..., âgée de vingt-un ans, coutu- rière, éprouvait depuis quatre ans des accès d'hys- térie, et elle était depuis deux ans en proie à une affection névralgique , rebelle à tous les moyens connus (moxa, vésicatoires , sinapismes, saignées, bains^ commotions électriques, etc.) (1). Cette affection , après avoir erré dans tous les membres, s'était fixée sur l'articulation coxo- fémorale du côté gauche, d'où elle se jetait de temps à autre sur les viscères thoraciques et ab- dominaux. Elle était accompagnée de douleurs

(1) M. Roger, élève interne de M. Alibert, se proposant de pu- blier tous les détails inte'ressans de cette observation , je me borne à n'inse'rer ici que ce qu'il y a de plus saillant.

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extrêmement vives le long de la colonne verté- brale, avec incontinence puis rétention d'urine. Pendant le cours de cette maladie, suppression presque complète des règles ; maux de tête into- lérables ; le moindre mouvement les rendait si vifs, qu'il fallait plus de dix minutes à la malade pour porter la tête d'un côté sur l'autre. Au mois de novembre 1824, il se manifesta un délire fu- rieux, accompagné de céphalalgie intense , de mouvemens convulsifs et de menaces de suffoca- tion; ce délire dura cinq semaines environ, mal- gré l'emploi de tous les moyens curatifs possibles ; il paraissait pendant deux ou trois heures chaque jour. Ce fut pendant un de ces accès (le 10 no- vembre) , que la malade perdit entièrement la fa- culté de voir ; ses paupières restèrent ouvertes pen- dant trois jours, après quoi elles se fermèrent pen- dant une application de glace sur la tête. Le délire ayant cessé , la malade pouvait écarter faiblement les paupières (sans voir aucunement) ; toutefois elles se rapprochaient aussitôt. Pendant cet état de cécité, elle avait acquis un toucher extrême- ment délicat, qui lui servait à reconnaître les per- sonnes qui l'approchaient. Deux jours avant qu'on pratiquât l'acupuncture , on approcha une lu- mière si près de ses paupières clignotantes, qu'on manqua de lui brûler les cils, sans qu'elle témoi- gnât la moindre sensation. Le 24 décembre, ce-

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jphalalgie si intense avec étourdisse pteas . semblait à la malade qu'on lui fendait la tête; elle ressentait dans les yeux des élancemens si vifs qu'il lui semblait qu'on les perçait à coups de bi.stoun ; les douleurs les plus vives se manifestaient surtout aux tempes et au front. M. Roger introduisit deux aiguilles aux tempes (il était dix heures du ma- tin). Ces deux aiguilles furent retirées au bout de cinq quarts d'heure ; sans avoir produit aucun effet apparent. A midi, il en introduisit deux autres qui restèrent jusqu'au lendemain. A neuf heures on écarta les paupières* et la malade ne s'aperçut encore d'aucun changement. (Les aiguilles causè- rent chaque fois des douleurs extrêmement vives et elles furent retirées très-oxidées).M. Roger en introduisit encore deux qui restèrent jusqu'à trois heures de l'après-midi. En retirant alors celle du côté gauche, il causa une douleur très-vive et quel- ques gouttes de sang sortirent de la piqûre ; quant à l'extraction de l'autre aiguille , elle fut moins douloureuse. Immédiatement après, la malade dit qu'on « lui lançait aux yeux une poignée de clarté ; » aussitôt elle écarta plus aisément les paupières; elle distingua des rubans ; peu après, elle lut une lettre d'un caractère extrêmement fm; son clignotement des paupières devint de moins en moins fort; la céphalalgie, qui augmenta dans le moment, alla ensuite en diminuant. Le

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lendemain 26, encore un peu de clignotement, qui cessa entièrement le 28 aussi-bien que la cé- phalalgie, après des acupunctures prolongées aux tempes et au front. On vit alors la physionomie de mademoiselle A changer. Sa figure aupa- ravant bouffie, comme œdématiée, diminua de volume et se colora , en même temps que la viva- cité de ses yeux vint encore lui donner plus d'expression : la vision était complètement réta- blie.

Trois semaines après, des maux de tête intolé- rables se manifestèrent de nouveau ; ils étaient ac- compagnés d'élancemens très-vifs dans les yeux, de rougeur à ces organes et à toute la face , avec étourdissemens, etc. , et la vue commença à se troubler trois ou quatre jours après. Cet état em- pirant , M. J. Cloquet introduisit deux aiguilles aux tempes comme les fois précédentes; elles res- tèrent à demeure pendant huit jours. Dès leur introduction,' la céphalalgie alla en diminuant, ainsi que les élancemens des yeux , et la vue se rétablit.

Aujourd'hui 12 août, l'état de la malade est beaucoup amélioré , et mademoiselle A... se pro- mène dans les cours de l'hôpital, et distingue les objets avec autant de netteté qu'avant son affec- tion.

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67e Observation : Diplopie.

Le 18 février i8a5, le matin en s'éveillunl . M. Daudin (Nicolas), âgé de quarante^cinq ans. fut tout étonné de voir les objets multipliés un grand nombre de fois dans leurs images ; s'il fer- mait l'œil gauche, il lui semblait voir des corps brillans se balancer dans l'air; fermait-il l'œil droit, la vue se trouvait à peu près rétablie dans son état ordinaire : seulement il voyait peut- être un peu moins distinctement. Les yeux n'a- vaient éprouvé aucune altération physique, au- cun symptôme n'avait annoncé cette affection, le malade n'avait éprouvé ni n'éprouvait aucune espèce de douleur. On prescrivit des bains de pieds synapisés, vingt sangsues aux pieds; bien- tôt après huit autres sangsues à la tempe droite ; un vésicatoire derrière l'oreille droite qui fut en- tretenu pendant six jours : tous ces moyens fu- rent sans effet. Ce fut alors (9 mars 1825) que M. Daudin vint trouver M. Jules Cloquet, qui lui introduisit une aiguille à la tempe droite. Elle fut retirée le i5 sans avoir amené aucune amélio- ration sensible; on en mit une nouvelle. Le 1 3 , le malade avait éprouvé un mieux très-marqué : il ne voyait plus multipliés les objets éloignés; ce phénomène n'avait plus lieu que pour ceux qui

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étaient très-rapprochés. On changea de non- veau l'aiguille ; le mieux augmenta de plus en plus, et le i8 mars la guérison fut complète. Depuis cette époque M. Daudin continue de bien voir. [22 août 1825).

68e Observation : Névralgie sciatique ; ( communiquée par M. Devergie. )

Le nommé Olivier, infirmier, âgé de soixante-dix- sept ans, en subsistance à l'hôpital duVal-de-Grâce, atteint depuis cinq ans d'une sciatique dans le membre droit, fut soumis à l'acupuncture le 5 jan- vier 1825. Une aiguille fut enfoncée sur le trajet du nerf sciatique; un quart d'heure après le malade pouvait étendre la jambe sur la cuisse , ce qui lui était impossible auparavant.